Féministes au foyer
Une nouvelle génération de femmes au foyer émerge. Souvent diplômées du secondaire, elles restent à la maison par choix, se disent féministes par conviction et plaident pour la reconnaissance de leur statut.
L’image de « bobonne » leur colle aux talons aiguilles et elles en ont marre. Ces nouvelles femmes au foyer – les « FAF » – ne considèrent pas le fait de rester à la maison comme une souffrance ou un geste de soumission sociale. A leurs yeux, c’est un authentique choix de vie, voire, pour certaines, un acte militant. Elles se sentent les pionnières d’un nouveau féminisme.
L’attitude peut surprendre. Dans l’inconscient collectif, la femme au foyer est plutôt associée à une vision vieillotte ou ringarde de la société. En témoigne cette réflexion de Gisèle Halimi, 81 ans, célèbre avocate et féministe historique, qui, en janvier, confiait au Figaro Madame : « être une femme au foyer reste un choix, et il est respectable, mais c’est un choix qui n’est pas compatible avec la démarche de libération des femmes » (lire l’interview croisée avec Claire Chazal).
La citation a fait bondir les FAF les plus militantes. Sur le forum du site Femmesaufoyer.net, Sarah, 29 ans, réagit avec humeur et humour à cet article. « La libération de la femme, ok. L’égalité ok. Mais si on veut. Pas l’égalité forcée. Je n’ai aucune envie d’être l’égale de mon mec quand il s’agit de rentrer douze stères de bois, moi ! Et je n’ai pas envie qu’on lui invente un sein artificiel pour allaiter non plus. Ce genre de féminisme qui veut que les femmes soient des hommes ne nous libère pas du tout. Il nous enferme mille fois plus. »
« Le modèle de la superwoman est dépassé »
La présidente française de l’ONG Mouvement mondial des mères (MMM), Isabelle de Rambuteau, ne dit pas autre chose : « Il faut avoir à l’esprit que le modèle de la superwoman des années 80 est complètement dépassé. Les femmes d’aujourd’hui commencent à réaliser que leur épanouissement ne passe pas forcément par l’exercice constant d’une activité professionnelle ».
A 28 ans, Laure, diplômée d’une école d’ingénieur en 2004, a déjà vécu cette situation. « J’étais perpétuellement tiraillée entre mon boulot et ma vie privée. Je me souviens des prises de tête avec mon copain pour poser des congés quand la petite était malade, de la fatigue quand je rentrais du boulot et que je voulais profiter un peu de ma fille, des marathons le week-end pour faire tout ce qui avait traîné pendant la semaine. » Au début de l’année, elle quitte son job pour se consacrer à sa famille. « Avant, je passais à côté de ma vie », confie-t-elle rétrospectivement. Aujourd’hui, elle ne regrette rien. Féministe revendiquée, elle se heurte fréquemment à l’incompréhension de son entourage. « Le pire ce sont les féministes vieille école comme ma mère. Elle est persuadée que je renonce à mes droits de femme… Pourtant c’est exactement le contraire ! Je suis fière de ce que je suis et je l’assume complètement. »
Cette génération de féministes ne s’oppose pas aux travailleuses. Elles militent simplement pour la reconnaissance du statut de parent au foyer, se reconnaissent une utilité sociale et exigent des droits.
Les femmes au foyer vivent pour le moment dans un véritable no man’s land administratif : pas de statut social reconnu par l’Etat, pas de numéro personnel de sécurité sociale, aucun dispositif pour leur éventuel retour à l’emploi, ni système de retraite adapté. Bien qu’il ait démarré en 1983 au niveau européen (avec la création de la Fédération européenne des femmes actives au foyer – FEFAF) leur combat ne fait que commencer.
Entre 2 et 3 millions de femmes au foyer en France
Apparaître dans les statistiques de l’INSEE serait une première victoire, la reconnaissance administrative de leur statut. Pour estimer le nombre de femmes au foyer en France, il faut pour le moment se livrer à de singulières gymnastiques statisticiennes comme le souligne le directeur de l’observatoire des inégalités, Louis Maurin : « selon les données du recensement de 1999, on enregistrait 2,2 millions de femmes sans activité professionnelle parmi les ménages comprenant au moins un couple (hors retraités et autres inactifs). Plus récemment, en 2005, on comptait 2,9 millions de femmes inactives non étudiantes parmi les moins de 55 ans » (lire son article entier). Impossible d’être plus rigoureux ou plus précis. Dominique Maison, auteure d’une thèse de sociologie sur les femmes au foyer, estime que son objet d’étude représente environ 12% de la population en âge de travailler. Elle s’étonne que personne d’autres ne s’y intéresse.
Ce sont les FAF elles-mêmes qui sont obligées de monter au créneau. « Les femmes actives sont plus visibles mais ne portent pas suffisamment ce genre de revendications », déplore Anne-Laure, jeune maman de 26 ans diplômée d’une grande école de commerce. En 2007, elle s’autorise quelques années pour s’occuper de son bébé et rejoint, en mars 2009, l’association FAF.net (attachée au site Femmesaufoyer.net). « J’ai réalisé que se battre pour la reconnaissance du statut de parent au foyer était un combat féministe comme un autre. L’équité salariale c’est important, bien sûr, mais il faut aussi tenir compte des dissymétries de la société. 99% des parents au foyer sont des femmes. Ce n’est pas un problème en soi à partir du moment où la société reconnaît l’importance du rôle social joué par toutes ces mères. »
Les FAF tissent leur toile sur le web
Le cas d’Anne-Laure n’est pas isolé. Dominique Maison remarque qu’ « aux Etats-Unis, le Bureau of Labor Statistics constate de plus en plus de cessations volontaires d’activité chez les femmes américaines diplômées ». Selon elle, un phénomène analogue, mais atténué, existerait également en Europe. Si le retour contraint au foyer, pour des raisons économiques (les allocations permettent souvent de toucher plus d’argent qu’une activité partielle) ou conjoncturelles (chômage, maladie handicapante des enfants) est une réalité indiscutable, le retour par choix est en augmentation.
Les femmes au foyer se fédèrent d’ailleurs de plus en plus au sein de blogs ou de sites qui leur sont consacrées. Avec le développement de l’Internet collaboratif, le réseau Femmesaufoyer.net a même réussi à créer de véritables liens sociaux entre ses internautes. Cela a notamment permis le lancement de l’association FAF.net en juin 2009. Autre exemple, un groupe-pétition Facebook francophone pour la rémunération du travail de parent au foyer comptait en janvier plus de 3800 membres.
Et les FAF ne gagnent pas simplement en visibilité électronique. Depuis plusieurs années elles investissent la vie politique locale. Mariette Sineau, directrice de recherche au CNRS et membre du centre de recherches politiques de Sciences-Po, constatait en 2006 que « les femmes au foyer participent désormais au recrutement des élites locales : les conseillères municipales comptent en effet 15 % de “sans profession“, les conseillères régionales 10,6 % ». L’activité professionnelle n’est donc plus un pré-requis à l’entrée en politique.
La philosophe Sylviane Agacinski écrivait déjà en 1998 dans son ouvrage, Politique des sexes, « ce qui est inadmissible dans le rôle et le travail des mères au foyer, ce n’est nullement la nature de leurs tâches, mais le fait qu’elles soient exigées gratuitement, et exclues du travail considéré comme productif ». Myriam a pu le constater après avoir décidé, à 26 ans, de rester à la maison pour élever son premier enfant. « Si le travail que je fais était réalisé par une aide extérieure, ce serait un emploi rémunéré donnant droit à tous les avantages sociaux. Et là rien ! Si je faisais le ménage chez ma voisine et qu’elle venait le faire chez moi, cela reviendrait au même niveau boulot et niveau budget. Mais au moins on pourrait toucher une retraite ! »
La présidente du MMM estime elle aussi qu’une rémunération serait justifiée. « On pense qu’une mère au foyer n’est pas rentable. Pourtant ses enfants sont souvent plus épanouis et cela coûte moins cher à la société en éducateurs spécialisés. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. » Reste à convaincre les politiques et le reste de l’opinion publique. Le combat continue.

Le problème dans nos situation de mère au foyer c’est que quand au bout de 17 ans de mariage … votre mari pète un cable et que vous vous retrouvez … à la rue … avec vos enfants … sans chômage et sans travail … ce qui est mon cas à l’heure actuelle .. j’ai 50 ans dans 6 mois et je me retrouve dans une situation de précarité totale tandis que grâce à moi et au fait que tout roulait à la maison … monsieur a pu prospérer dans son rôle de médecin indépendant !!!
février 11th, 2010 at 6:00Maintenant il coule des jours heureux à 55 ans avec une petite jeune de 35 ans à qui biensur il va encore faire un gosse pour bien la tenir à la maison … et c’est reparti pour un tour !!!
@Ginou
avril 11th, 2010 at 3:39Je ressens la douleur de votre situation. Mais on ne peut pas batir sa philosophie des roles homme/femme sur des c****** qui sont trop égoistes pour rester fidèles à leur femme. De même qu’on ne définit pas sa sexualité par rapport à tous les pervers… etc…
Je me réjouis de ce nouveau Féminisme. Enfin un peu de sens!
c’est d’être salariées qui est un état de soumission sociale.
avril 20th, 2010 at 7:06