Le Blog Tendances des étudiants de l'IPJ

La BD entre au musée… avant de sortir en librairie

Dessin de couverture original en vente à la galerie Martel © Le Seuil - Mattotti

Dessin de couverture original en vente à la galerie Martel © Le Seuil - Mattotti

Désormais, la BD s’expose avant même d’être publiée. Juste avant la sortie du Corbeau (livre-hommage de Lou Reed à Edgar Allan Poe illustré par Lorenzo Mattoti pour son édition française) un vernissage était par exemple organisé à la galerie Martel le 17 novembre, en présence des deux auteurs. Les avertis découvraient ainsi en avant-première les splendides illustrations noir et blanc du dessinateur italien. Son trait, nerveux et torturé, sert à merveille le propos angoissé de l’ouvrage. L’exposition se poursuit jusqu’en janvier.

Dix jours auparavant, c’était le premier tome de la dernière BD de Manu Larcenet, Blast, qui donnait lieu à une belle exposition à la galerie Christian Desbois. La veille de sa sortie en librairie, le 6 novembre, les fans profitaient ainsi des premières images de la dernière création du dessinateur de blockbusters, tels le Le combat ordinaire ou Le retour à la terre pour ne citer qu’eux. On constatait alors avec soulagement que Manu Larcenet se décidait enfin à déployer ses talents de coloristes, bridés jusqu’alors par un style trop simpliste et formaté.

La rumeur qui colportait la grande qualité graphique du nouvel ouvrage attirait d’ailleurs de nombreux curieux au vernissage :

Une des planches exposée au Louvre © Futuropolis – Yslaire

Une des planches exposée au Louvre © Futuropolis – Yslaire

Ce phénomène de pré-exposition est loin d’être marginal. Entre janvier et avril, les planches originales du nouveau livre de Bernard Yslaire, Le ciel au-dessus du Louvre, étaient exposées dans la très prestigieuse aile Sully du Louvre, alors que le livre ne serait pas publié avant le mois de mai.

Cette invasion des galeries par les auteurs de bande dessinée (au sens le plus large du terme) s’inscrit dans une tendance beaucoup plus lourde de reconnaissance du neuvième art. Depuis plusieurs années, la bande dessinée force en effet la porte des musées. Entre l’ambitieuse exposition Vraoum ! à la Maison rouge (terminée le 29 septembre) qui se proposait de confronter planches célèbres et oeuvres d’art contemporaines, la rétrospective Hergé au Centre Pompidou de 2006 ou encore les différentes expositions temporaires du Louvre depuis 2005 (en partenariat avec la maison d’édition Futuropolis), on finissait même par s’habituer à voir débarquer les planches de nos auteurs préférés dans les plus grandes institutions culturelles.

Aujourd’hui, on prête même attention aux dessins n’ayant pas encore fait l’objet d’une publication effective. Comme si l’assentiment du grand public n’était plus indispensable à la reconnaissance du travail du dessinateur. Une révolution que l’on attendait depuis trop longtemps.

Tristan Vey

Posted by on novembre 27th, 2009 at 5:17  and tagged , ,  | Comments & Trackbacks (0)




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