La drogue du jeu et le jeu de la drogue

Collégien de 16 ans, Théo était jusqu’en septembre dernier un accro aux jeux vidéo. Une addiction qui permettait à l’adolescent perturbé d’oublier une réalité pas toujours rose. 

Passer sa journée au café internet alors que sa mère le croyait à l’école, tel était le quotidien de Théo il y a encore six mois. Actuellement en troisième au collège Jean-Baptiste Poquelin à Paris, l’adolescent assume : « J’étais devenu un no life », c’est-à-dire quelqu’un sans aucune vie sociale. L’an dernier, il ne suit que deux mois de cours et redouble sa troisième. L’été suivant, il est touché par des crises d’épilepsie. Un point de rupture qui lui fait prendre conscience de la nécessité de mettre un terme à cette situation. « Je ne me lavais plus,  je devenais une caricature », admet Théo tout en fumant une cigarette roulée avec le plus grand soin. Aujourd’hui, il se dit guéri, heureux d’avoir « retrouver (ses) amis ». Mais c’est devant l’ordinateur d’un café internet que le jeune garçon se trouve en ce jeudi après-midi. « J’ai repris il y a deux semaines mais beaucoup moins violemment qu’avant » assure le collégien qui certifie ne pas avoir cours aujourd’hui.       Un retour vers ses vieux démons qui lui permet d’échapper à un quotidien difficile. En effet, Théo joue pour oublier sa solitude et sa « famille un peu spéciale », reconnaît-il dans un sourire forcé. Un père SDF, une mère dépendante à la drogue, Théo n’est pas un adolescent comme un autre malgré son physique d’enfant sage. D’une voix presque inaudible, le garçon parle longuement et sans hésitation de sa vie déjà riche en événements. Tout y passe : les engueulades incessantes entre ses parents, les nombreux hommes qui défilent dans le lit de sa mère, les premiers rails de coke piqués à cette dernière…  « Les jeux vidéo et la drogue m’ont fait tout perdre »              La drogue est pour Théo tout ce qu’il y a de plus banal.  Son premier joint, il l’a fumé à 8 ans sur les instances de son père qui lui assure que « c’est bon pour la concentration ». Il y a quelques mois, il passe 48 heures en garde à vue pour s’être fait « choper à prendre de l’extasie ». « Un souvenir horrible », se rappelle Théo qui, malgré son jeune âge, semble fatigué. À son retour de prison, son père le réprimande. Pas pour s’être drogué mais parce qu’ « il est vraiment trop con de s’être fait prendre ». S’il échappe à l’ire parentale, l’adolescent ne peut esquiver la décision d’un juge pour enfants qui décide de lui faire suivre une cure de désintoxication. Aujourd’hui, il assure ne pas retoucher aux drogues dures.      Comme pour les narcotiques, c’est une histoire familiale qui le pousse à 14 ans vers les jeux vidéo. Plus exactement, pour se rapprocher de Gautier, son petit frère, véritable accro de la console. « Je voulais connaître son univers », confie le collégien. Très vite, il ne peut plus s’en passer. Le conflit fraternel débute alors pour savoir lequel des deux s’installera devant le poste. Une lutte qui va très loin puisque, un jour, le grand frère enfonce dans l’avant-bras de son cadet un tournevis. « Aujourd’hui, j’ai honte », avoue Théo qui admet que « le jeu (le) rend nerveux».       Une nervosité qui a poussé sa petite amie à le quitter. « A cause de l’ordi, j’étais devenu un vrai connard. Je n’arrêtais pas de l’engueuler », reconnaît-il. « Les jeux vidéo et la drogue m’ont fait tout perdre », analyse Théo. Du haut de ses 16 ans, il ne croit plus en l’avenir. Tente-t-il alors de sauver son petit frère de son addiction aux jeux vidéo ? Non, avoue-t-il, car, selon lui, « il faut comparer le monde dans lequel il vit et le monde qu’il s’est créé. Il n’y a pas photo. S’il ne joue plus, il plongera. » Sans trop y croire, Théo affirme qu’il est prêt à aider son petit frère « si papa revient et si maman ne se drogue plus ». Conditions nécessaires pour que les no life aient le droit eux aussi à un avenir.

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