Voyage à travers le temps
“En Europe le temps vous tue; en Afrique on tue le temps”. Ces mots, prononcés par un sénégalais lors des premiers jours de notre voyage, ne cessent de m’occuper l’esprit.
Certes, en Europe, il est coutume d’ironiser sur une certaine indolence africaine mais cette phrase m’a semblé bien plus profonde que ce préjugé populaire et m’a laissé, pour le moins, perplexe.
Notre modeste vécu africain me permets aujourd’hui de mieux appréhender ces paroles et de m’interroger plus profondément sur le rapport au temps en Afrique noire francophone, pays sur lesquels notre voyage se concentre essentiellement. Conscient que cette réflexion puisse paraître simpliste voire même caricaturale aux yeux de certains, j’éspère, toutefois, qu’elle possède un fonds de vérité.
Tout d’abord, comme chacun sait, les conditions climatiques extrêmes en Afrique de l’ouest participent pleinement au fait que l’Africain doive “tuer le temps”. Ainsi, de 11 heures à 15 heures, période de la journée pendant laquelle le soleil vous brûle, littéralement, la peau, chaque effort, même minime, se traduit par un flot systématique et inarrétable. Alors, la nature prenant le dessus sur vous, la seule solution s’avère d’attendre que le soleil se fasse plus indulgent.
Attendre, attendre, j’ai d’ailleurs parfois la vague impression que notre périple se résume a cela, l’exemple le plus frappant étant celui des transports en commun. En effet, en Afrique noire, point, généralement, de bus partant a des horaires fixes, définis. Il faut donc attendre que le bus se remplisse, ce qui peut provoquer des moments ubuesques. Une fois, il nous est arrivé d’attendre sept heures avant de pouvoir embarquer.
Cette attente, interminable, nous rapproche de la mentalité africaine, mélange, dans son rapport au temps, d’indifférence et de fatalisme, bien loin de nos standards européens.C’est également cette philosophie qui ressort, je crois, des paroles prononcées par le sénégalais.
Ces mots décrivent aussi , d’une facon assez saisissante, les maux actuels des sociétés africaines et en particulier celui du chômage qui prive de trop nombreux africains d’un véritable avenir. Ceci fait la différence entre notre attente et la leur; nous savons, contrairement a eux, ce que nous attendons ; ce qui, psychologiquement, change radicalement la donne.
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