Weezer au bord du précipice
Que reste-t-il de l’excellent Weezer des débuts ? Presque rien. C’est vrai que 15 années ont passé depuis l’euphorie déclenchée par le premier album. Peu de groupe de rock peuvent se vanter d’avoir tenu si longtemps. Mais à quel prix !
On peut diviser la carrière de la formation californienne en deux parties bien distinctes. En 1994 le Blue Album explose le box office et propulse d’emblée Weezer au rang de groupe rock majeur. Deux ans plus tard Weezer surprend en sortant le sombre Pinkerton qui, malgré des débuts difficiles dans les charts, finira par acquérir ses lettres de noblesse. Après une très longue pause de cinq ans, Rivers Cuomo confirme son talent de compositeur émérite avec le Green Album, un véritable succès planétaire.
C’est là que les quatre de Weezer auraient du quitter les studios, au sommet de leur gloire. Mais Rivers Cuomo, comme tout le monde à ce moment, pensait en avoir encore sous l’escarcelle. Mauvaise appréciation.
En 2002, Maladroit donne déjà des signes d’essouflement du groupe. En 2005, le plus mainstream Make Believe devient leur plus grande réussite commerciale, mais sa pauvreté musicale n’échappe à personne, en particulier aux fans de la première heure. L’an dernier Weezer revient avec le Red Album. Malgré les énormes moyens de production mis en oeuvre, et un titre remarquable (The Greatest Man That Ever Lived) l’ensemble est plus que décevant.
Entêté comme un âne, Rivers Cuomo se remet au travail et nous livre Raditude. Le label Interscope a du comprendre que ça sentait le sapin, et lui vient en aide à grands renforts de promotion : la prod propose d’acheter un pull ou un album photo avec le disque, et a créé un site Web ersatz de Wikipedia à la gloire de Weezer, Weezermedia.
Avec Raditude, Weezer prouve définitivement qu’il n’est plus l’ombre que lui-même. Les lignes de basses sont simplissimes, les riffs de guitare si peu originaux. Et aucune mélodie n’accroche l’oreille comme le faisaient si bien Hash Pipe ou Buddy Holly. En prime, bien que l’on n’ait jamais rien attendu des paroles, elles sont ici particulièrement pathétiques.
Weezer ne survit désormais que par l’acharnement aveugle de Rivers Cuomo. “Raditude”, c’est un néologisme qu’il s’est approprié pour signifier “attitude radicale”. Je vois bien une attitude radicale qu’il devrait adopter : s’interdire de repartir en studio. Pour ne pas ternir davantage l’image que laissera le groupe.
Raditude en écoute gratuite sur Deezer ici.
Et le clip officiel du premier single de l’album, (If You’re Wondering If I Want You To) I Want You To :
