déc 15 2008
Photographier l’Amérique (Exposition Evans, Cartier-Bresson)
La Fondation Henri Cartier-Bresson célèbre le centenaire de la naissance du pionnier du photo-journalisme, en l’associant à Walker Evans, son double photographique. Retour sur une exposition-miroir. Emilie Helmbacher.
On y entre par une porte dérobée. Comme pour mieux pénétrer l’univers d’Henri Cartier-Bresson. Au bout de l’impasse la fondation qui porte son nom et une exposition, « Photographier l’Amérique ». Accrochés aux murs immaculés, les 86 tirages d’époque nous font voyager dans l’Amérique des années 30 et 40, en proie à la crise et à la précarité. Une Amérique d’inégalités où les Noirs ne côtoient pas les Blancs, et où les manteaux de fourrure fuient les bouches d’aération. La critique sociale est latente. Premier point commun Cartier-Bresson / Evans.
Outre l’intérêt esthétique des photos, l’exposition nous apprend une chose essentielle : sans Walker Evans, Cartier-Bresson n’aurait pas été photographe. Objectif du Français : « tenter d’égaler » l’Américain devenu son maître à penser et à voir l’Amérique. « Cartier-Bresson fut l’un des rares innovateurs en photographie » avait confié un jour Walker Evans. Réinventer la photographie. Second point commun des 2 hommes.
Entre la sensibilité à fleur de peau de Cartier-Bresson et la brutalité de point de vue d’Evans, le jeu de miroir est permanent. La complémentarité des deux est très bien mise en valeur. Les regards confrontés avec justesse.