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XXI, à contresens

Le flot continu d’informations brutes relayées instantanément par tous les medias n’assouvit pas la curiosité des lecteurs qui réclament des articles à forte plus-value. Une réalité durement vécue par Patrick de Saint-Exupéry qui l’a poussé à créer sa propre revue, XXI.  

                         

« Il y a un suivisme absolument incroyable, un refus de prendre des risques », regrette, douloureux, Patrick de Saint-Exupéry au sujet de la presse. Grand reporter récompensé par les prix les plus prestigieux de la profession, le journaliste a décidé de prendre un congé sans soldes du Figaro et de créer ce dont il rêvait : XXI. Désormais âgé de 44 ans, l’ancien étudiant de l’Institut Pratique de Journalisme est venu mercredi, accompagné de son web master, Michaël Neuman, se soumettre aux questions de ceux qui lui succèdent rue Saint-Georges. Il n’a pas de PowerPoint à faire défiler sur l’écran géant, pas de speech à refourguer, juste une envie de communiquer sur un être hybride né de ses frustrations journalistiques. Le titre à la couverture italienne met à l’honneur l’univers du récit sous toutes ses formes : texte, photos, bande dessinée, documentaire. Avec 198 pages, la publication fait la part belle au format long qui ne perdure qu’à l’étranger, dans Vanity Fair ou dans El Mundo. En France, selon ce « fou courageux » comme on l’a volontiers surnommé, « les logiques absolument infernales de réduction de coûts et de formats » ont appauvri le genre. Le papier sur ceux qui « font chanter les rois des cartels » n’aurait pas trouvé sa place ailleurs. « Dans un quotidien, on écrit : Le Mexique, pays de 140 millions d’habitants, 1er état de narcotrafiquants. On déroule sur les problèmes du gouvernement à lutter contre le phénomène. Et à la fin de l’article, on oublie tout », lance acide celui qui veut décrypter le monde d’aujourd’hui sans prescription. A l’inverse, les couleurs et les odeurs décrites par le journaliste qui a pris la peine de se rendre sur place nourrissent la curiosité et la réflexion du lecteur. En sélectionnant des articles à forte valeur ajoutée, le directeur de la rédaction réhabilite la notion de reportage, « trop galvaudée ». Patrick de Saint-Exupéry est résolument animé par la volonté de produire une information qui a du sens. Ainsi, il n’a pas souhaité que les textes soient assortis de photos. « On ne voulait pas utiliser la photo en illustration », insiste-t-il. « Quand on me met la photo d’une moto crottes parce que c’est le sujet de l’article, ça me tombe des mains », répugne-t-il à argumenter. Le choix du sens, de la qualité, de l’inédit, a un coût, 15 euros. « Ce n’est pas donné », reconnaît celui qui a refusé l’intrusion de la publicité pour abaisser le coût de revient. « Le lecteur existe, ce n’est pas une cible, un CSP + de 30-35 ans », argumente-t-il. Il semblerait que l’ancien correspondant de guerre ait eu raison de se fier à son intuition. En à peine quinze jours d’existence, XXI est viable. Seulement 1000 exemplaires en stock attendent de trouver preneur sur les 40 000 tirés pour le lancement.

One Response to “XXI, à contresens”

  1. Antonin says:

    C’est vrai que ce qu’ils font est super bien. Ca donne envie de faire pareil!

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