L’abribus du 82
October 24, 2007 by emaman
Je suis assise au milieu du banc de l’abribus du 82, mon portable entre les mains, à attendre un appel providentiel, celui qui me permettra de tuer les 15 probables minutes d’attente. Une femme d’âge mur approche. Mécaniquement je décale mon fessier sur le côté pour lui laisser la place d’elle aussi se poser. Elle refuse : « Non, non, mais c’est bon ! » C’est une coquetterie d’usage, une manière de remercier et de signaler que son petit cul ne réclamait pas une si grande partie du banc. Pour mieux le souligner, elle s’installe à l’autre extrémité, une fesse pendant dans le vide. La midinette tourne une dernière fois son regard vers moi, sourit et plonge la main dans son sac à la recherche d’un agenda à gribouiller de rendez-vous et de Nota Bene. Une deuxième femme arrive. Habituée aux transports en commun, elle s’assied entre nous deux et fixe le trottoir d’en face, en triturant son parapluie. Une troisième femme se poste sous l’abribus. Nous sommes nombreuses, c’est bon signe. Elle nous regarde, hésite, se ravise, regarde au loin dans la direction du 82. Néant. Cette fois-ci, elle se lance : « Vous attendez depuis longtemps ? »La femme d’âge mur, heureuse de briser le silence, déclare : « Ca fait bien 10 minutes, c’est long tout de même… » Sa voisine renchérit : « C’est le problème du 82. » Moi, je soupire. C’est mon lot quotidien. La dernière arrivée arrête le cours de mes désolations. Le 82 a pointé le bout de son nez. La file indienne se prépare à grimper dans le bus, enfin !