Belles toujours
Il n’y a pas d’âge pour être belle. Un mot d’ordre pour les habituées du salon de coiffure Joffo rue Saint-Lazare à Paris (IXème). En semaine dès le matin, le troisième âge abonde. Ces dames usées refusent de se laisser aller. Ainsi viennent-elles débourser leur héritage, mais surtout tuer le temps.
Comme par exemple cette fidèle qui arbore fièrement sa nouvelle couleur orange vif accordée à son gilet Damart. Vient pour elle la finition, moment privilégié pour se faire chouchouter par son coiffeur favori, un gentleman vieilli aux cheveux blond platine. Il n’y aura jamais trop de laque, jamais assez de coups de ciseaux, lui seul sait mettre en valeur sa protégée. Mais lorsqu’elle confesse à demi-mots sa solitude et la vacuité de son emploi du temps (« J’ai une pile de linge à repasser qui m’attend »), le vieux beau n’écoute que d’une oreille.
Les meilleurs choses ont une fin. Mais quel bonheur de glisser le pourboire directement dans le veston de son mignon et de lui souffler affectueusement « je reviendrai dans une quinzaine, je pense. » Elle regarde sa montre, enfile son manteau, veut-elle vraiment quitter le salon ? Sur le trottoir elle hésite un instant puis se dirige à gauche, vers les grands magasins. C’est promis, elle reviendra dans deux semaines, et autant de fois qu’elle le pourra. Dans le salon, on balaie les quelques mèches laissées par son passage.
October 24th, 2007 at 10:34 pm
On sent l’humour noir poindre, mais la ligne jaune n’est jamais franchie. “On touche au sublime” (citation offerte)