Certains fuient les zones d’éducation prioritaire (ZEP). Pas Clothilde Duru. Cette professeure d’EPS de 45 ans y trouve des défis à la mesure de son esprit de compétitrice.
Transmettre son goût du sport, plus que l’enseigner. C’est comme
cela que Clothilde Duru conçoit son métier de professeur d’éducation physique et sportive (EPS). Pour le moment, elle a dû mettre sa carrière professionnelle et sportive entre parenthèses. La faute à une vilaine fracture de la cheville droite. C’est le résultat d’une usure articulaire, après des décennies de pratiques sportives.
Si sa blessure l’éloigne des terrains, elle lui permet de se rapprocher un peu plus de ses élèves. Les marques d’affection écrites par certains jeunes du lycée Jean Vilar de Meaux (Seine-et-Marne) sur son plâtre en sont la preuve. Cet établissement, où elle enseigne depuis 1999, est classé « affectation prioritaire à valoriser » (APV), avec une moyenne de 54 % de réussite au baccalauréat. Autant dire qu’il n’est pas toujours facile d’y enseigner. Il est classé dernier du récent palmarès l’Express des établissements de métropole.
Mais cette affectation, Clothilde l’a choisie. Forte en caractère, cette ancienne attaquante de l’équipe féminine de football du VGA Saint-Maur, championne de France en 1990, n’est pas du genre à se plaindre. Les zones d’éducation prioritaire, elle n’a connu que ça dans sa carrière d’enseignante. Très attachée à sa ville natale, celle que certains de ses collègues appellent « Clo », a effectué tout son parcours professionnel à Meaux. Après un Bac scientifique, et une formation au professorat d’EPS au Centre régional d’activités physiques et des sports (CREPS) de Dijon, Clothilde Duru est affectée pour son premier poste, en 1984, au collège Henri Dunant, où elle a été élève. Elle y est très bien accueillie par une équipe pédagogique soudée.
Après quinze ans passés dans cette école, située au milieu du quartier sensible de la Pierre-Collinet, Clothilde a besoin de changement. « La faute aux trois dernières années très difficiles », avoue-t-elle. En 1995, elle perçoit un changement générationnel. « Les sixièmes et cinquièmes étaient moins respectueux que leurs aînés. » Clothilde admet également qu’elle souhaitait alors enseigner à de jeunes adultes. C’est ainsi qu’en septembre 1999, elle fait sa rentrée au lycée Jean Vilar.
Un engagement personnel
Les premières années, Clothilde Duru est surprise par les difficultés rencontrées avec les élèves. Elle n’avait pourtant pas eu de mauvais échos sur cet établissement. Avec le temps, elle apprend à mieux connaître les jeunes et adapte son enseignement. « Le dialogue et la pédagogie prennent alors une plus grande importance dans ma manière d’exercer mon métier », reconnaît-elle. « Lorsque tu enseignes en ZEP, il faut dépasser sa matière. Tu dois t’investir affectivement avec les élèves, les prendre dans leur singularité. Une relation doit s’instaurer entre les jeunes et le professeur. » S’engager personnellement dans le projet de l’adolescent, c’est ce qui motive Clothilde. L’objectif que constitue la préparation de ses lycéens au baccalauréat la stimule également.
Les défis sont l’une des raisons de vivre de cette compétitrice hyperactive. Adepte du dépassement de soi et du goût de l’effort, cette brune aux yeux noisettes s’investit à 150 % dans tout ce qu’elle fait : roller, football, tennis, ski-nautique, wake-board, kite-surf et, depuis cette année, triathlon. Sa blessure lui a cependant rappelé que le temps est son grand plus adversaire. « J’ai peur de vieillir » confesse-t-elle.
