Chantre de la rupture, Nicolas Sarkozy n’entend pas mettre un terme à une certaine intervention de l’Etat dans l’économie privée.
En promettant aux ouvriers de l’usine ArcelorMittal de Gandrange (Moselle), menacée de fermeture partielle, que l’Etat prendrait en « charge tout ou partie de l’investissement de modernisation », puis en s’impliquant dans l’affaire de la Société Générale, il s’inscrit dans la tradition d’un certain dirigisme à la française. Le chef de l’Etat a réaffirmé en Moselle sa volonté « de garder des usines en France, parce qu’un pays qui n’a plus d’usines est un pays qui n’a plus d’économie ».
Le président français n’est donc pas le libéral qu’on imaginait dans les milieux d’affaires, principalement anglo-saxons. Nicolas Sarkozy est un « libéral contrarié qui n’hésite pas à recourir au colbertisme hérité du XVIIeme siècle, ou la pratique plus contemporaine du patriotisme économique » selon le journaliste Pierre Haski. M. Sarkozy a déclaré à Gandrange qu’il essaierait de faire avec ArcelorMittal ce qu’il a fait avec Alstom.
Lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’économie en 2004, l’Etat avait pris 21,03 % du capital qu’il avait revendus deux en plus tard, réalisant au passage une importante plus-value de 1,2 milliard d’euros.
Durant la campagne électorale présidentielle, M. Sarkozy n’a pas hésité à faire un numéro de transformiste. Endossant à la fois les habits du réformateur libéral dont une France avait besoin, et ceux du gaulliste plus traditionnel, protecteur des travailleurs menacés par les délocalisations.
Après le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy a mixé libéralisme et interventionnisme. Il n’y a pas eu de rupture avec ces prédécesseurs.
Une promesse en l’air
Dans l’affaire Mittal, le chef de l’Etat a revêtu le costume du patriotisme économique. Il n’a cependant jamais détaillé la manière dont il allait convaincre Lakshmi Mittal de renoncer à la restructuration de son usine de Gandrange. En réalité, le président de la République n’a aucun moyen d’intervenir dans la stratégie d’une entreprise privée.
Nicolas Sarkozy a donc ici fait preuve de real politik, à quelques semaines des élections municipales, plutôt que de mettre en oeuvre une doctrine économique clairement définie. Il semblerait qu’il ait encore fait une promesse en l’air, comme pour les quotas de pêche, quitte à constater ensuite que ce n’est pas possible « par la faute de Bruxelles ».
