Chose vue – Reportage

 DR

A deux pas de la rue Cadet, rue de Châteaudun, la vitrine du magasin « Les mariages d’Élodie » exhibe ses parures pour jeunes promises. Courtes, longues, claires ou sombes, les robes de mariée se tiennent droites comme des « i » sur leurs mannequins. Derrière la vitre de droite, majestueuse, arrogante et provocatrice, une longue robe noire attire l’oeil du passant. Presque consciente de sa beauté choquante, le bustier brodé saisit le regard, qu’il fait glisser jusqu’au creux de la poitrine immaculée du modèle. Le tour des hanches, puis les contours du bassin… Rassasié de finesse, saupoudré de paillettes, l’oeil finit son voyage sur la traîne sombre de ce monument de couture.

Dans l’autre vitrine, la place est réservée aux blancs et ivoires plus conventionnels, ceux des femmes sages et bien élevées. Derrière jupons et voilettes se cache timidement une petite robe, minuscule derrière ces grandes dames, celle de la demoiselle d’honneur. Dans les mêmes tons que ses aînées, elle se pique de broderies rouge cerise, petite note de fantaisie enfantine.

Derrière la porte de la boutique se tient la bataille que se livrent perpétuellement les tissus. Entreposées sur deux portants, mousseline violette, soie rouge et dentelle rose se chevauchent, s’entremêlent, jusqu’à ne plus former qu’un amas doux et satiné de toile multicolore. Ici un bustier vert amande semble faire la cour à un foulard nacré, tandis que les blancs, blancs cassés, ivoires et autres dégradés de pureté dévoilent leurs courbes dans l’espoir d’attirer l’oeil de la future épouse. Un combat sans merci, qui après la mairie, l’église et le vin d’honneur les mèneront sur un autre portant, sur lequel elles finiront leur existence de robes nuptiales, parfois sorties, parfois montrées, rarement essayées, plus jamais remises. Mais toujours fidèles.

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