Bernard Poncet, un défenseur de salarié passionné et admiré
Travail IPJ
Ce représentant de salarié de la société pharmaceutique Pfizer est admiré pour ses qualités d’écoute et de dialogue. Vingt ans de carrière n’ont pas érodé son amour pour la défense des droits du personnel.
“Maintenant nous allons regarder les choses en face.” Sourire aux lèvres, Bernard Poncet plaisante tout en enlevant les lunettes de soleil qu’il portait en entrant dans le hall de la Maison des Syndicats d’Evry, dans l’Essonne.
Lunettes de vue enfoncées sur le nez, élégant dans son costume gris anthracite, ce représentant de salarié de l’entreprise Pfizer âgé de 60 ans présente fièrement ses multiples casquettes. Après avoir fait des études de médecine et de droit, Bernard Poncet est aujourd’hui conseiller juridique pour Force Ouvrière pour l’Union départementale de l’Essonne, ainsi que pour la Fédération Pharmacie. Il est également conseiller prud’hommal et négociateur pour les différentes branches de l’industrie pharmaceutique. C’est donc du haut de ses vingt ans de carrière que le syndicaliste explique les raisons de son engagement : “Il existe aujourd’hui beaucoup d’inégalités qui ont tendance à augmenter de manière exponentielle. Il y a en France de plus en plus de gens qui ont un salaire, mais qui n’ont pas la capacité de trouver un logement”, regrette-t-il.Lutter pour le respect des droits fondamentaux, aider des familles à refuser la spoliation : tout cela ne s’apprend pas en un jour. “J’ évolue dans un cadre où la formation acquise devient vite obsolète, explique Bernard Poncet. Le code du travail est une matière vivante, qui est modifiée tous les ans.” Le syndicaliste bénéficie de formations internes, de consultations juridiques, afin que sa connaissance du droit du travail évolue en même temps que le droit lui-même.
Outre la rigueur pour être toujours au fait des dernières modifications de la loi, être représentant de salarié demande également une grande qualité d’écoute. “Négocier, c’est avancer l’un vers l’autre, précise Bernard Poncet. On n’a pas de couteau entre les dents.” Mais il faut aussi faire attention à préserver les bases de son engagement. “Je ne suis pas un révolutionnaire morbide ! “ plaisante-t-il.
« La politique du moins je l’ouvre, mieux je me porte »
Malgré les tentatives de rapprochement lors de la signatures d’accords, le monde syndical reste un monde clivé. Tant au niveau patronal qu’au niveau salarial. “Le monde syndical est aussi unitaire que divisé”, explique Bernard Poncet. Les positionnements peuvent être très politisés, et avoir des conséquences sur le côté unitaire.
Et cette implication dans les négociations est, selon lui, trop peu reconnue : “La valorisation du syndicalisme en terme de promotion n’existe pas vraiment. C’est plutôt une valorisation morale, à base de remerciements. » En fait, tout dépend de la taille de la société. “Dans les grosses sociétés, le fait syndical est reconnu, alors que dans une grande majorité de petites structures, il est difficile d’exercer”, ajoute le représentant de salarié. Il s’explique : “On assiste souvent à une chasse à l’homme. Tout moyen est bon pour faire comprendre à la personne qu’elle dérange. Parfois par l’intermédiaire de pressions venant du pouvoir patronal. Cela peut aller jusqu’à des menaces de licenciement !”
Mais rien n’arrête Bernard Poncet. Son but n’étant pas de recevoir une quelconque reconnaissance. “Je fais ce qui me plait, confie-t-il, ce que je pense être bon par rapport à l’action que je mène.” Pas besoin de remerciements, ni de décernement “de médaille”. Tout simplement parce que c’est “son rôle”. Le syndicaliste affirme que plaider et gagner est toujours un plaisir renouvelé. Selon lui, il est important que des personnes comme lui se mobilisent, dans une société de plus en plus sclérosée dans laquelle beaucoup de citoyens n’ont plus la capacité à réagir, et ont tendance à être égocentriques. “C’est la politique du moins je l’ouvre, mieux je me porte”, regrette-t-il.
« Un bon délégué syndical qui fait bien son boulot »
Le combat de Bernard Poncet, sa famille le comprend. Même si le syndicaliste se dit libre de ses choix et indépendant de l’aval de son épouse, il laisse entendre qu’elle partage peu ou proue ses idées. « Mais cela peut créer des dysfonctionnements dans les cas où on ne vit que pour ça ! » concède-t-il. Ce qui n’est pas son cas.
En tout cas, avoir un papa représentant de salarié est bien utile. Son fils est journaliste et son employeur ne lui a pas fourni de contrat de travail pour ses piges, articles rédigés à la demande du média. Résultat : quand la société a fait faillite, il n’y a pas eu de procédure de licenciement, et il n’a donc pas pu toucher d’indemnités. Son père le défendra donc devant le Tribunal des Prud’hommes. Et il compte bien gagner.
Pour Guy Mazière, responsable des ressources humaines de la société pharmaceutique Pfizer, Bernard Poncet est un « bon délégué syndical qui fait bien son boulot ». Même s’il avoue ne pas partager tout le temps les mêmes idées que lui, Guy Mazière reconnaît la qualité de son côté constructeur, et non destructeur. « Il recherche le consensus et jamais le combat. Chaque fois qu’il a représenté des salariés, il a toujours réussi a trouver des solutions à l’amiable, pour éviter que cela finisse au tribunal », ajoute-t-il. Il confirme la haute qualité professionnelle de son travail, et surtout sa capacité à dialoguer.
Et sur ce point au moins, pas besoin de protocole d’accord.