Jean-Marie Pontaut et Eric Pelletier, deux journalistes de l’humanité
Travail IPJ - Compte-rendu de conférence
Collecter, lire, trier, classer…C’est le travail que Jean-Marie Pontaut, rédacteur en chef de l’Express et Eric Pelletier, grand reporter du magazine, ont effectué pendant deux ans pour aboutir au recueil des archives confidentielles de la gendarmerie entre 1940 et 1944 en France. Une expérience humaine qu’il sont venus raconter à l’Institut Pratique de Journalisme, le 30 janvier dernier.
“Il faut que l’on regarde notre histoire en face”. Ce sont ces mots du directeur de la Gendarmerie nationale Guy Parayre qui sont à l’origine de la volonté des deux journalistes de l’Express d’écrire un livre rassemblant les archives des rapports de la gendarmerie pendant l’Occupation, couvrant l’ensemble des départements français.
“Emouvant”. C’est le premier adjectif qui vient à la bouche de Jean-Marie Pontaut pour décrire ce travail de lecture, de tri et de mise en ordre qui leur a pris deux ans. Emouvant par son humanité : “Ce n’est pas un livre sur les gendarmes, mais sur les Français vus par les gendarmes. En lisant ces notes, on découvre des situations vécues exceptionnelles, dans la saloperie comme dans l’héroïsme, témoigne le rédacteur en chef. Je n’imaginais pas la grande pauvreté dans laquelle vivaient les habitants des campagnes. Il y a des scènes terribles”.
Un beau travail journalistique donc, une forte leçon de vie surtout. Et des images qui restent. Comme celle de ces gendarmes qui pénètrent dans le maquis pour prévenir les futurs Résistants d’arrêter leurs actions avant qu’il ne soit trop tard. Ou encore ce haut gradé qui mentionne l’évasion d’un Juif, qu’il a lui-même fait évader. Enfin cette violence inexpliquée à la Libération, entre épuration et réglements de comptes personnels.
“Les lecteurs sont face à un matériel brut, sans intermédiaire”, explique Eric Pelltier. “Nous avons essayé de sentir ce qui était important pour l’époque et pour nous aujourd’hui, avec une vision de journalistes. Pas avec le regard froid et exhaustif d’historiens”.
Et plus encore pour les lecteurs, ce travail de mise en lumière de tranches de vie dans cette période de l’histoire bien particulière, réveille parfois des souvenirs depuis longtemps enterrés. “Ils revisitent leur histoire en même temps que nous, se réjouit Eric Pelletier. C’est un véritable choc journalistique”.