A 18 ans, Benjamin Izarn étudie le droit à Assas. Il est aussi à l’origine de la création, en juillet dernier, de la première association française d’Etudiants Pro-Vie.
J’ai l’impression que les mouvements pro-vie connaissent un renouveau. Non?
Dans l’association, beaucoup de gens se disaient pro-avortement ou n’avait pas vraiment d’avis avant. Mais il y a un sentiment d’écœurement qui monte. Les jeunes ne comprennent pas pourquoi, malgré tous les moyens de contraception, le nombre d’avortements ne baisse pas. Et ils ne comprennent pas qu’aucune alternative à l’avortement ne soit proposée.
Et vous, depuis quand avez-vous envie de lutter contre l’avortement?
J’ai participé à beaucoup de marches pour la vie. Je m’occupais et je m’occupe toujours d’une association d’aide aux SDF. C’est par ce biais-là que j’ai compris que si on voulait que la dignité de l’homme soit respectée, il fallait s’attaquer à la défense du plus petit.
De là à créer une association de jeunes pro-vie ?
Il fallait lancer une nouvelle dynamique du mouvement pro-vie à travers le net et beaucoup de jeunes étaient motivés. Dans beaucoup de pays, il existe des groupes de jeunes pro-vie. Pas en France. Alors nous avons décidé de créer un groupe sur Facebook pour tester la popularité du projet. Et on a vu de suite que beaucoup de gens adhéraient. On recevait des mails qui nous demandaient : comment créer un groupe étudiant pro-vie dans notre ville? Aujourd’hui, le groupe compte plus de 2000 personnes.
Vous avez des équipes en province?
On est présent à Paris, Toulouse, Bordeaux, Toulon, Nîmes, Pontoise, Nanterre, Versailles. A chaque fois, il s’agit d’initiatives locales au départ. Même si on est derrière pour les aider. L’idée, c’est que, d’ici à la fin de l’année, on ait des équipes dans toutes les villes universitaires.
Etudiants Pro-Vie à la conquête de la France
9 juillet : Les Etudiants Pro-Vie voient le jour. En quatre mois une dizaine d’équipes se sont formées. L’objectif : être présent dans toutes les villes universitaires.
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Un mouvement pro-vie étudiant, c’est nouveau ?
Oui, c’est la première fois. Il y avait des mouvements confessionnels comme les Jeunes témoins de la vie humaine par exemple. Nous nous sommes aconfessionnels. On considère qu’il n’y a pas besoin d’être catholique pour défendre la vie. Ces associations abordent des thèmes comme le mariage homosexuel, la laïcité. Nous, on parle juste de l’avortement, de la recherche embryonnaire et de l’euthanasie.
Et apolitique ?
Oui, ou plutôt apartisans. On n’appartient et on ne soutient aucun parti politique.
Vous avez tenu votre première conférence le 20 novembre dernier. Et maintenant?
Nous participerons à La Marche pour la vie le 17 janvier prochain. L’année dernière 10 000 personnes ont défilé. Cette année, l’objectif est d’arriver à 20 000 personnes. On ira aussi à une marche en Belgique en mars. Et à Bordeaux en mai. Nous avons prévu une série de conférence sur l’avortement dans toutes les villes où nous sommes présents.
Et avant la fin de l’année, on organisera des happenings, des manifestations improvisées et pacifistes comme les free hugs.

Salle comble. Plus de 200 jeunes ont assisté à la première conférence des Étudiants Pro-Vie du 20 novembre. Cécile Bonavia, membre de la Fondation Lejeune a abordé la question de l’avortement d’un point de vue éthique.
Vous avez aussi un projet d’Erasmus Pro-vie…
Des étudiants du Burkina Faso nous ont contactés. Et nous ont dit : « Super, votre idée! Ici aussi, il y a beaucoup d’avortements. Comment peut-on faire pour inverser la tendance? » De là est partie l’idée qu’il fallait développer une thématique internationale. Les lobbies des plannings familiaux sont associés, eux, au sein de l’IPPF (les plannings familiaux internationaux).
Le projet des Erasmus pro-vie doit être lancé dans deux mois. Pour l’instant, des étudiants testent la bonne tenue du projet en Suède et en République Tchèque. Le but, c’est que des étudiants qui partent pour une année Erasmus ou un stage à l’étranger découvrent les mouvements prolife locaux. Qu’ils voient leur fonctionnement, qu’ils apprennent les techniques locales. Comment ils arrivent à sauver des vies et à aider les gens. Et qu’ils importent ces techniques en France si elle sont bonnes. L’idée, c’est de s’enrichir avec les différences.
J’ai vu que vous organisiez des actions pendant le Téléthon.
Le Téléthon, c’est une formidable initiative. Le problème, c’est que tout l’argent récolté n’est pas mis au service des malades. Une partie est aussi utilisée au dépistage et à la sélection embryonnaire. On voit par exemple que 84% des enfants dépistés trisomiques sont avortés. Est-ce que ce serait la même chose si les parents savaient qu’il y a des associations pour les aider, les écouter et qu’il existe des aides financières?
PParleriez-vous de dérive eugéniste ?
Je ne sais pas si en France on peut parler de dérive eugéniste. Parce que d’un côté, il y a toutes les aides qui existent pour les familles qui ont un enfant handicapé. Mais d’un autre côté, il y a une tendance à dire aux parents qu’il vaut mieux avorter. On organise donc des actions de sensibilisation, avec la distribution de tracts. Mais pas plus. Ce n’est pas au Téléthon qu’on s’attaque, c’est à certaines dérives du Téléthon.
Pas question de revenir à des actions musclées, type commandos anti-IVG ?
On refuse tout acte de violence. On ne va pas dire qu’on est pour la vie et en même temps accepter de blesser quelqu’un. Ce serait ridicule.
Avez-vous des relations avec les associations pro-choix ?
Non, ils refusent tout dialogue. On les voit seulement quand on fait des manifestations. Malheureusement, il y a de plus en plus de violence dans le milieu pro-choix, un peu comme il y en avait dans le milieu pro-vie auparavant.
Vous pensez pouvoir peser face aux associations qui défendent le droit à l’avortement?
Oui. Pour l’instant, on n’est qu’un petit mouvement étudiant. Mais on a déjà contacté des politiques pour leur faire des propositions : créer des maisons d’accueil pour futures mères dans différentes villes, aider financièrement les femmes enceinte en difficulté. On a peu de réponse. Mais lorsqu’on en a, ils se disent intéressés par nos idées.
On trouve inacceptable que l’Etat subventionne le planning familial, qui est un lobby. Et qu’il ne faut pas confondre avec les centres de planification qui ne sont pas des lobbies. Tout le monde trouverait cela inadmissible si le lobby pro-vie était financé pas l’Etat! Vous vous souvenez des centaines d’affiches dans le métro pour le planning familial. Cette campagne était subventionnée par l’Etat. On a calculé qu’avec cet argent, on aurait pu construire une maison d’accueil à Paris.
Vous vous considérez comme un lobby ?
Pour l’instant nous ne sommes pas un lobby. Mais on a le projet d’en intégrer un : l’Alliance universelle de la jeunesse, un mouvement international. Pas seulement prolife, mais qui défend l’idée qu’il faut développer une politique d’accueil de la vie : construire des maisons d’accueil pour les jeunes mères, proposer une alternative sérieuse à l’avortement. Ils nous ont contactés. Cela devra se faire d’ici la fin de l’année scolaire.
Quelle est votre ambition à terme ?
Nous aimerions qu’il n’y ait plus aucun avortement ni légaux, ni illégaux. Ce qui est complètement utopique, je suis d’accord. Mais en gros l’idée c’est qu’il faut développer une politique pro-life. C’est toute une mentalité qu’il faut changer.