60 ans d’impuissance au Proche-Orient pour une Europe désunie
Articles pêle-mêle No Comments »Richard Lebeau, historien spécialiste du Proche-Orient a jugé mercredi soir au cours d’une intervention devant les étudiants de l’Institut Pratique de Journalisme, que les 60 ans d’impuissance de l’Europe au Proche-Orient peuvent être imputés aux divergences qui perdurent en son sein.
La conférence d’Annapolis, qui réunissait les principaux protagonistes du conflit israélo-palestinien en début de semaine, « met en lumière l’absence de l’Europe », selon Richard Lebeau. Un déclin d’influence qui s’explique par des décennies de mésentente entre les « poids lourds » européens (France, Grande-Bretagne, Allemagne). « A partir des années 50, l’Angleterre n’a plus de pouvoir au Proche-Orient. En 1967, la France pousse l’Europe à adopter une politique pro-arabe, mais les Anglais qui n’ont plus rien à perdre s’alignent sur la politique américaine pro israélienne. L’Europe est dès lors désunie pour agir au Proche-Orient, deux lignes politiques s’affrontent, inconciliables » a précisé Richard Lebeau en guise d’introduction.
Pourtant, une déclaration signée à Venise les 12 et 13 juin 1980 par les membres de la Communauté Economique Européenne, alors au nombre de 15, devait servir de base à une politique commune au Proche-Orient. Cette déclaration reconnaît l’existence d’Israël et son droit à la sécurité, mais elle insiste parallèlement sur le droit des Palestiniens à s’organiser en état. Cette politique commune se basant sur la nécessité de voir cohabiter deux états est restée lettre morte. L’historien a pointé la complexité d’adopter cette ligne politique aujourd’hui, dans une Europe élargie à 27 membres, dont les nouveaux adhérents se montrent beaucoup plus atlantistes que les précédents.
« S’il n’y a pas de paix aujourd’hui au Proche-Orient, c’est notamment à cause de l’absence de l’Europe » a-t-il ajouté. Inexistante lors des accords de Camp-David en 1978, alors que les Etats-Unis s’imposent comme le parrain des négociations et que les soviétiques en sont exclus, l’Europe s’est montrée tout aussi transparente ces derniers jours à Annapolis, alors que 30 ans se sont écoulés. Richard Lebeau l’explique par le manque de crédit dont jouissent les états européens auprès des protagonistes du conflit israélo-arabe: « pour le moment, Israël ne veut pas entendre parler de l’Europe et les Palestiniens la considère comme un banquier et non comme un éventuel soutien militaire. Les Etats-Unis sont capables de se faire entendre militairement, ce n’est pas le cas de l’Europe. » Une différence qui selon ce spécialiste, « change totalement la donne ».
