Entretien avec Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l’Assemblée Nationale
Articles pêle-mêle No Comments »« Appuyons nous sur l’expérience souvent innovante et moderne de la gestion locale pour préparer un projet complet et cohérent à l’échelle nationale. » Jean-Marc Ayrault

Pensez-vous que le PS puisse rebondir à l’occasion de ces municipales ?
Je l’espère, bien évidemment. Mais je pense qu’il ne faut surtout pas oublier que les municipales sont des élections locales et qu’il faut d’abord proposer un projet de proximité aux citoyens de chaque commune de France.
Donc pour vous ces élections n’ont pas valeur de test national ?
Il y a forcément une dimension nationale. Comme dans toute élection, on mesure l’évolution des positions politiques de chaque grande formation. C’est l’occasion de dresser le bilan d’une activité politique. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs bien compris que ces élections se passent dans un contexte particulier, huit mois après sa prise de fonction, à la fin de son état de grâce et devant des difficultés économiques et sociales très importantes. Il a d’abord voulu en faire un test pour sa propre popularité mais il a très vite réalisé, notamment au travers des réactions de ses partisans que ça ne marchait pas. Il s’est donc mis en retrait. Il craint ce rendez-vous électoral comme un couperet politique. Si les citoyens ont quelque chose à dire ils peuvent se servir de ce rendez-vous électoral et ils le feront. Mais pour être crédible auprès des français, les équipes socialistes doivent être capables de porter un projet local pour améliorer la vie des gens tout en rappelant que la gauche a les capacités de les protéger au niveau national des mesures injustes du gouvernement. Je pense que la gauche quand elle dirige une ville ou une commune n’a pas à rougir de son bilan. On parle d’ailleurs souvent de la réussite du socialisme municipal.
Justement, assurer la réussite du parti socialiste au niveau local, est-ce une manière de rester présent sur l’échiquier politique pour préparer l’échéance nationale de 2012 ?
Bien sur, mais une victoire aux élections locales ne suffira pas à préparer ce rendez-vous national. Une rénovation du parti socialiste est nécessaire. Il faut que les dirigeants socialistes se montrent exemplaires dans leur comportement et soient capables de formuler des propositions innovantes. Je me souviens qu’en 2004 au moment des élections régionales, le succès a été total pour la gauche. Certains se sont alors dit il n’y avait plus rien a faire. Ce fut une erreur, les français sont exigeants avec la gauche et ils ont raison. Appuyons nous sur l’expérience souvent innovante et moderne de la gestion locale pour préparer un projet complet et cohérent à l’échelle nationale.
Vous pensez que le PS va réussir à apprendre de ses erreurs ?
En tout cas je le souhaite et pour ma part je ne manquerais pas de les rappeler à la mémoire des responsables du parti.
Le succès du PS au premier tour des élections législatives anticipées est-il un signal fort ?
Nous attendons le second tour mais les électeurs ont manifestement adressé un message de mécontentement au pouvoir en place. Il y a un désenchantement chez les français, suite à des promesses non tenues et une croissance en panne. Quand on entend chaque semaine à l’Assemblée Nationale, Christine Lagarde dire que tout va bien, il ne faut pas s’étonner que certains entonnent la chanson « tout va très bien Madame la Marquise ». Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme volontariste, « je vais aller chercher la croissance avec les dents », mais les citoyens attendent toujours que du positif se dégage de son action.
Est-ce que vous validez la stratégie d’alliance avec le MODEM dans certaines villes ?
C’est très différent de villes en ville. Les représentants de certaines listes du MODEM sont parfois en rupture de longue date avec l’UMP. A Dijon par exemple, ils se sont rapprochés du maire de gauche qui a un très bon bilan. Mais à Bordeaux, ils font alliance avec l’UMP. Moi ce qui m’importe c’est la clarté. Si le MODEM, adhère au projet présenté par une liste socialiste et se situe clairement dans l’opposition a Nicolas Sarkozy, il faut regarder avec intérêt cette évolution.
Et plus personnellement comment vous positionnez-vous face au Modem à Nantes ?
A Nantes, j’ai en face de moi une liste UMP et une liste MODEM. Mais les deux têtes de liste sont issues de mon opposition municipale depuis sept ans. Politiquement, la situation est donc tout à fait claire. Moi je pars avec mon rassemblement qui va du centre jusqu’aux alternatifs, en passant par les socialistes, les communistes, les radicaux, les verts et des personnalités sans étiquettes. Les électeurs seront en mars face à un choix clair.





