DANS L’ESTOMAC DES TRENTENAIRES

Co-réalisé avec Servane Philippe.
A écouter-voir ici aussi.

Fred, Anne, Clément et Laurent, tous trentenaires et parisiens, parlent de leur repas. Attention, frange non-représentative de la population !
Un trentenaire, ça mange des snickers, des lentilles, du saucisson et du poulet

Les pauvres, ils cumulent. Génération désenchantée, comportements régressifs, les trentenaires sont maintenant accusés de malbouffe.
Isabelle Saporta, philosophe et collaboratrice du magazine Marianne stigmatise cette façon de manger dans son livre Ne mâchons pas nos maux (éd. Robert Laffont). Interview express.

DR Isabella Vincenti

Pourquoi associer trentenaires et malbouffe ?
La rupture dans la transmission des savoirs culinaires s’est opérée avec cette génération. Les trentenaires ont pour mères des femmes de la génération de mai 68, qui ont brûlé leur gamelle sur le bûcher de leur soutien-gorge. Cette rupture a été brutale. Dans les frigos des séniors on trouve des fruits, des légumes frais et du poisson. Les trentenaires sont eux une « génération placard », ils entassent plats surgelés, boîtes de conserve, Nutella et fraise Tagada. Une nuance toutefois : dans les milieu bourgeois le bien-manger subsiste.

La rupture n’est donc pas seulement générationelle ?
Elle est indissociable de la fracture sociale. Seulement 1% de précaire mange 5 à 6 fruits et légumes par jour ! Je suis tout à fait d’accord avec Pascale Hebel du Credoc, qui pense que les précaires se serrent la ceinture sur tout, tout le temps. Les précaires peuvent se payer la même junk food que les bourgeois, c’est donc un plaisir auquel ils ne renonceront pas. En clair, la malbouffe n’est pas grave si elle n’est qu’une période de la vie. Mais, seuls les bobos bourgeois, en sortent.

Comment changer les choses ?
Il faut que les pouvoirs publics interviennent. Au risque de paraître réac’, je prône un retour des cours de cuisine à l’école. Il faut rééduquer les enfants et leurs parents : leur apprendre à reconnaître les fruits et les légumes. C’est aussi un moyen de donner aux enfants de tous milieux sociaux les mêmes chances dans la vie. Pourquoi ne réussirait-on pas à valoriser les bonnes choses comme on valorise la « merde » ? C’est une bataille de David contre Goliath mais qui vaut la peine d’être menée. Il faut sauver la génération suivante !

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