La télévision en intra-veineuse

« Vous voulez participer à l’émission Ce soir ou jamais ou T’empêches tout le monde de dormir ? Alors contactez Lydie au 06 65 44 14 32». Chercher sans relâche un public pour les deux émissions de France 3 et M6 et s’en occuper une fois sur le plateau. Voilà en quoi consiste le métier de Lydie Jaïd. En freelance depuis dix ans, les sociétés de production se l’arrachent. Résultat : la jeune femme ne vit plus que pour son travail.

Collier, bracelet, ceinture et béret rouge. Le tout venant accessoiriser pantalon, tee-shirt et veste en cuir noir. Le look est minutieusement étudié, le visage parfaitement maquillé. Son image est son atout et Lydie Jaïd le sait. Elle en joue et en surjoue, pour « nourrir le côté paillette de la télé, qui fait fantasmer le public ». Un rôle de composition facile à interpréter : comédienne de formation, l’animatrice public de 39 ans n’a de toute façon pas « envie d’être perçue comme banale et ordinaire ».

A 29 ans, alors stagiaire chez Karl Zéro, on lui propose d’être chauffeuse de salle. Elle saute aussitôt sur l’occasion, d’autant plus que le manque d’argent se fait sentir. Le milieu de la télévision lui plaît, le côté relationnel avec le public aussi. Et pas question d’être « secrétaire dans la plomberie ». Il y a dix ans, il existait peu d’émissions tournées avec un public. La jeune femme d’origine marocaine s’engouffre dans la brèche et est tout de suite sollicitée par les sociétés de production, qui produisent de plus en plus de talk-show. Aspirée par son nouveau métier, plus rien ne compte hormis dénicher le précieux public. « S’il le fallait je supplierais à genoux une personne pour qu’elle assiste à l’émission », explique-t-elle en riant. Un rire franc qui ne fait pas douter une seconde dans sa capacité à le mettre en oeuvre.

Accro.

L’expression « vie sociale » a disparu de son vocabulaire. « Je n’ai pas le temps d’avoir des amis. J’ai juste quelques copines à droite à gauche. Mais ça ne me manque pas ». Loin de s’en plaindre, Lydie Jaïd en a fait une règle de vie. Rien ne doit la détourner de ses missions. « La boulémique de travail », comme elle se qualifie sans sourciller, ne sort pas, ne fume pas, ne bois pas et ne lis pas. Sa culture, elle l’acquiert sur les plateaux télés, en écoutant les invités du jour. Elle qui travaille sept jours sur sept, souvent jusqu’à deux heures du matin, essaye de beaucoup dormir, de manger équilibré et de faire du sport. Tout ça dans un même but : « garder le meilleur d’elle-même pour son travail ». Car derrière l’apparence de star et le côté « j’amuse la galerie », Lydie Jaïd table sur le sérieux et la régularité pour « être la meilleure ».

Foncer, toujours. Pas le temps d’avoir des soucis. « On a tous nos problèmes. Mais le fait de ne pas les mettre en avant c’est déjà les régler », affirme-t-elle avec aplomb. Et lorsque ses collègues l’interpellent sur la façon dont elle mène sa vie, elle ne les écoute pas. « Ils me freinent dans mon travail, et je ne travaille jamais au ralenti », souligne-t-elle, implacable. Pas le temps non plus d’avoir la grosse tête. « Le monde de la télé est un milieu privilégié. Les places sont chères. Alors ceux qui y sont s’en vantent », raconte-t-elle un peu gênée de critiquer le milieu qui fait « sa raison de vivre ». Entrée tard dans ce microcosme, elle avait « déjà assez pris de claques pour ne plus vivre dans l’illusion, celle que l’on peut avoir à 20 ans ». Sa famille lui permet aussi de garder les pieds sur terre. « La télé n’intéresse pas mes parents. Ils vivent dans le sud, ils ont le soleil, la mer. Ils sont dans la vraie vie».

Retour à Paris et au strass : ce soir Lydie Jaïd accueillera le public toute de verte pomme et de skaï vêtue. Ceux qui portent de tenue flashys seront au premier rang. La télévision ne souffre pas l’ordinaire.

 

0 Responses to “La télévision en intra-veineuse”


  1. No Comments

Leave a Reply

You must login to post a comment.

*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture.
Anti-Spam Image