“Je veux être un empêcheur de tourner en rond”

  « Essayer de découvrir ce que certains chercheraient à cacher ». Voilà ce que Mohamed Sifaoui n’a cessé de marteler jeudi dernier à l’Institut pratique de journalisme lors d’une conférence. Journaliste d’investigation indépendant et citoyen engagé, ce personnage haut en couleur s’insurge contre ce qu’il nomme la « culture de la connivence » entre les journalistes et ceux qui font le débat public.

Sûr de lui et de ses opinions, Mohamed Sifaoui choque volontairement pour mieux faire passer son message. « J’ai honte de la connivence assumée de certains journalistes français », qu’elle soit avec les politiques, les économistes ou les représentants de communautés. L’homme qui a infiltré pendant 14 mois une cellule d’Al-Qaida à Paris n’est pas là pour faire dans la dentelle, et tant mieux. Il est de ces bouffées d’oxygènes qui pourrait rassurer la moitié des français qui, en 2007, ne faisaient plus confiance aux journalistes.

Avec une facilité déconcertante et une carapace que l’on imagine épaisse pour faire face à ses nombreux détracteurs, il fustige « ces reporters qui préservent plus leurs carnets d’adresses que le citoyen envers lequel ils doivent être d’une droiture exemplaire ». C’est pourquoi Mohamed Sifaoui diffuse ce qu’on lui dit en « off », même s’il doit perdre sa source. Mais il le fait toujours avec le sentiment d’un devoir accompli. Car, pour lui, le rôle du journaliste est « de montrer la réalité », à ses risques et périls. Depuis la sortie en 2003 de son reportage « J’ai infiltré une cellule islamiste » il est sous protection policière 24 heures sur 24. Sa dernière enquête, sur le milieu asiatique parisien, lui a valu de nombreuses menaces de morts.

Fier « d’avoir été viré » à maintes reprises, se prouvant ainsi à lui-même son côté poil à gratter, il ne comprend pas que les cinq journalistes de TF1, auteurs du livre « Madame, monsieur, bonsoir » sur les coulisses de la chaîne ne révèlent pas leurs identités. « C’est gravissime si aujourd’hui, dans un pays démocratique, l’anonymat est requis pour critiquer le monde médiatique ».Courant 2008, son site d’information satirique verra le jour sur le web. Histoire de continuer sa bataille, celle de la transparence, coûte que coûte.

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