Handicapés, amoureux et insérés

 

 

Corinne Taroni et Kefren Figueroa sont handicapés. Amoureux aussi. Une chance dans un monde où handicap reste trop souvent synonyme d’isolement. Et dans un monde où le handicap met encore mal à l’aise.  Rencontre avec ce couple (presque) comme les autres.

«  Quand on me demande pourquoi on s’aime, je réponds : parce que c’est lui, parce que c’est moi. C’est une phrase de Montaigne. Tu lis Montaigne ? », questionne Corinne, entre deux bouchées de nem au saumon et une blague d’enfant. Béret vissé sur la tête, elle retrouve son air rieur et sourit à Kefren, son fiancé depuis huit ans. 

Considérés comme invalides à 80%, ils sont tous deux traumatisés crâniens graves. La vie ne les a pas épargnés. Deux accidents de voiture, une tumeur au cerveau et une hépatite C, contractée à l’hôpital, pour Corinne, 42 ans. Un accident de voiture à huit ans, six mois de coma et huit opérations pour Kefren. A 30 ans, ce fan de foot est condamné à prendre huit pilules par jour. Pilules amoureusement préparées et rangées par Corinne chaque semaine.

Leur chance, c’est de vivre une vie à deux. « Dans leur souffrance ils ont pu avoir cet accompagnement extraordinaire. Leur rencontre est providentielle », raconte Elisabeth Huppert, la marraine de Corinne. Continue reading ‘Handicapés, amoureux et insérés’

La télévision en intra-veineuse

« Vous voulez participer à l’émission Ce soir ou jamais ou T’empêches tout le monde de dormir ? Alors contactez Lydie au 06 65 44 14 32». Chercher sans relâche un public pour les deux émissions de France 3 et M6 et s’en occuper une fois sur le plateau. Voilà en quoi consiste le métier de Lydie Jaïd. En freelance depuis dix ans, les sociétés de production se l’arrachent. Résultat : la jeune femme ne vit plus que pour son travail.

Collier, bracelet, ceinture et béret rouge. Le tout venant accessoiriser pantalon, tee-shirt et veste en cuir noir. Le look est minutieusement étudié, le visage parfaitement maquillé. Son image est son atout et Lydie Jaïd le sait. Elle en joue et en surjoue, pour « nourrir le côté paillette de la télé, qui fait fantasmer le public ». Un rôle de composition facile à interpréter : comédienne de formation, l’animatrice public de 39 ans n’a de toute façon pas « envie d’être perçue comme banale et ordinaire ». Continue reading ‘La télévision en intra-veineuse’

Pizza molle, haricots verts au jus, choux blanc et banane

C’est jeudi midi, et l’jeudi midi c’est pizza à la cantine du lycée Condorcet dans le 9ème arrondissement de Paris.

Alors avant de manger ses haricots verts trempés dans de la mayo et de se souvenir de nos midi lycées, on observe les cantiniers dans leur cuisine, celle qu’on entrevoyait au moment d’hésiter entre steak-frite ou poisson pané-frite.

Pour voir, c’est ici !

“Je suis le Don Quichotte des temps modernes”

 Délégué filpac-cgt du personnel chez Publicis, Gilbert Bougreau se « bat contre toutes les injustices ». Syndicaliste chevronné depuis 2001 il est aussi technicien de maintenance depuis 12 ans. Avec sa collègue syndiquée Force Ouvrière, il représente les 428 salariés de l’agence de publicité. Pour lui, le syndicalisme est « un état d’esprit, pas un métier ». Et c’est à ce titre qu’il combat, coûte que coûte, les « nombreuses injustices de la boîte ». 

Lorsqu’il arrive à l’accueil vous pressentez que Gilbert Bougreau est un sacré bonhomme. Avec sa veste en jean des années 80 et son portable autour du cou il dérange dans un décor d’agence de publicité. Il a 67 ans, mais explique fièrement qu’il « ne les fait pas. Vous voyez, je n’ai même pas de cheveux blancs ». Autour de lui, des publicitaires trentenaires habillés à la dernière mode. Il n’est pas à sa place et le sait bien. Mais il s’en moque que son « attitude et son franc-parler » dérange. Il s’en « contrefous » que la direction l’ait isolé au dernier étage du bâtiment. Et c’est même tant mieux : « comme ça je peux griller ma cigarette tranquille dans mon bureau. Pas besoin de descendre ». Continue reading ‘“Je suis le Don Quichotte des temps modernes”’

“Je veux être un empêcheur de tourner en rond”

  « Essayer de découvrir ce que certains chercheraient à cacher ». Voilà ce que Mohamed Sifaoui n’a cessé de marteler jeudi dernier à l’Institut pratique de journalisme lors d’une conférence. Journaliste d’investigation indépendant et citoyen engagé, ce personnage haut en couleur s’insurge contre ce qu’il nomme la « culture de la connivence » entre les journalistes et ceux qui font le débat public.

Sûr de lui et de ses opinions, Mohamed Sifaoui choque volontairement pour mieux faire passer son message. « J’ai honte de la connivence assumée de certains journalistes français », qu’elle soit avec les politiques, les économistes ou les représentants de communautés. L’homme qui a infiltré pendant 14 mois une cellule d’Al-Qaida à Paris n’est pas là pour faire dans la dentelle, et tant mieux. Il est de ces bouffées d’oxygènes qui pourrait rassurer la moitié des français qui, en 2007, ne faisaient plus confiance aux journalistes. Continue reading ‘“Je veux être un empêcheur de tourner en rond”’

A vos marques, prêts, tractez !

A trois mois et demi des municipales les socialistes du XIème arrondissement de Paris sont sur le pont. Deux soirs par semaine ils se retrouvent métro Saint-Ambroise pour tracter. Leur candidat : Patrick Bloche. Rencontre sur le pavé avec des militants déterminés.

Avec 1500 tracts sous le bras, Charles débarque à 18H30 métro Saint-Ambroise (XIème). Lui et trois autres militants du parti socialiste distribuent sans relâche les prospectus incitant à voter Patrick Bloche aux municipales. Ni la nuit ni le froid ne les détournent de leur mission. « Je m’ investie à fond pour qu’il gagne » explique Pascale avec enthousiasme. La jolie blonde de 36 ans, membre du bureau national, milite depuis dix ans. Depuis un mois que les tractages ont commencé elle se rend au moins une fois par semaine sur les marchés et à la sortie des métros. Continue reading ‘A vos marques, prêts, tractez !’

Mâchons de l’insécurité. Et toi Martine, tu te sens sécure ?

Mangeons de l’insécurité. Et toi Martine, tu te sens sécure ?

Chirac is back

Disparu de la scène politique depuis l’élection de Nicolas Sarkozy le 16 mai dernier, feu notre président de la république revient de manière fracassante. 9h35, mardi 13 novembre (une heure avant Valéry Giscard d’Estaing son “faux-frère de la droite”) Jacques Chirac franchit pour la première fois les portes du Conseil Constitutionnel. Au menu, l’examen de la loi Hortefeux sur l’immigration et les deux articles contestés sur les tests ADN et les statistiques ethniques. Refusant le 29 octobre à la cité de l’immigration d’évoquer la loi sur l’immigration, Chirac l’avait jugé, à titre privé, blessante et inutile. Lire la suite…

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L’envers de Drouot

A l’occasion des dix ans de l’association du quartier Drouot, l’hôtel des ventes accueille, du jeudi 11 au samedi 13 octobre, les tableaux, oeuvres d’art et vidéos de dix-sept artistes internationaux. L’expo-vente, “Le temps du contemporain II”, nécessite une organisation bien rôdée. Reportage dans les coulisses.

Ca s’agite dans la salle numéro huit de l’hôtel des ventes. Trois stagiaires de l’EAC (Economic and art communication), agrafeuses et ciseaux en main, ajustent du tissu noir sur des tables. A 10h30, outils, sacs plastiques et aspirateurs jonchent encore la moquette sombre, recouverte d’un plastique. Claude Yvans, artiste vidéaste, débarque dans la pièce en forme de rotonde. Il constate, rassuré, que son lecteur DVD et son écran 20 pouces se fondent parfaitement dans le décor. Ce soir, il présentera une “bio délirante de six minutes, concentrant l’essentiel de son travail”.

Les sept coordinateurs, avec à leur tête Diane Isphording, commissaire de l’exposition, s’affairent dans le stress pour que la salle puisse ressembler, avant 15 heures, au “salon potentiel d’un amateur d’art contemporain”. Les tableaux colorés de Frama, dont la dernière toile s’est vendue  à 25 millions de dollars à New-york, cohabite avec un Tex Avery grandeur nature. Plus tard, il sera habillé en Versace mais pour l’instant, seul un drap blanc cache sa nudité.

L’ambiance joyeuse créee par la figurine du cartoon laisse place à des tensions entre artistes et organisateurs. Les échanges deviennent houleux avec une artiste, mécontente de la disposition. En colère, elle sort de la pièce qui vient de s’éclairer de la dizaine de spots braqués sur les oeuvres.

A l’extérieur, les grilles s’ouvrent pour laisser entrer les habitués du Drouot traditionnel. les portes de la rotonde se ferment, l’art contemporain ne s’ouvrira au public qu’à partir de ce soir.

Chose vue

10h00. Six sièges de cuir rouge, tannés par les années, font face au miroir mural du salon de coiffure Joffo. Vides et alignés, ils n’attendent plus que les postérieurs des vieilles dames endimanchées. En attendant l’effervescence de 10h30 et de ses shampoings, teintures, mèches, séchage et laquages de cheveux, seul deux hommes s’activent.

Installé à son fauteuil, jambes croisées, il y a Bruno, coiffeur salarié à la cinquantaine bien tassée. Percing à l’oreille gauche, bracelet et bague en argent ornent sa tenue de travail, blanche des chaussures au col de chemise. A l’exception des cinq majuscules JOFFO, inscrites en rouge vif dans son dos. Il s’acharne sur le sudoku du “20 minutes” puis sur les mots croisés du “Métro”. Tony, un collègue, vient à sa rescousse et débloque la grille en élucidant le mystère du mot à sept lettres, commençant par P et finissant en -ant. Un bonbon Ricola au cassis et une cigarette plus tard, le revoilà à méditer sur les jeux des gratuits, critérium en main.

Dos au miroir, le patron domine le salon de coiffure. Assis sur le cuir en vachette véritable, Monsieur Joffo trône, ayant pris soin de placer derrière lui un rayon de son dernier ouvrage, la suite du “Sac de bille”. Avec de grands gestes, il invective tout à la fois ses employés, salue les clients et lance des coups d’oeil suspects sur les coups de ciseaux de Tony. Rendant particulièrement nerveux la dizaine de coiffeurs à son service.

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