Révélations – L’homme de Shanghai
Posted by anthonylattier on August 21, 2008
PUBLICATION – L’hebdomadaire Le Point publie cette semaine une enquête que j’ai réalisée avec François-Xavier Rigaud de l’IPJ sur l’élaboration du classement de Shanghai, classement des universités du monde concocté chaque année depuis 2003 par le professeur Nian Cai Liu de l’université de Jia-Tong.
Classement des universités – L’homme de Shanghai
Vous ne connaissez pas Nian Cai Liu. C’est normal. Ce chimiste chinois de 47 ans, spécialiste des matériaux de polymères élevés, est aussi l’auteur du fameux classement de Shanghai des universités, dont la dernière édition vient de sortir. Comme en 2003, date de sa première parution, son palmarès a provoqué un électrochoc en France. Cette année, seules trois institutions nationales se classent parmi les cent meilleures. Si le professeur Liu s’est mis à classer des universités, c’est pour répondre à la demande du président de l’université Jiao Tong de Shanghai, soucieux d’envoyer ses étudiants décrocher des diplômes dans les meilleures institutions.
Durant l’hiver 2003, Nian Cai Liu s’attelle à la tâche avec seulement deux collaborateurs. Faute de moyens, il va au plus simple en ne comptant pour chaque université que des données objectives accessibles sur Internet : les prix Nobel et leur équivalent pour les mathématiques (les médailles Fields), le nombre de chercheurs le plus cités dans leur discipline, les noms des auteurs qui publient dans les revues Science et Nature, ainsi que ceux répertoriés dans deux bases de données d’articles scientifiques, l’une consacrée aux sciences dures, l’autre aux sciences humaines.
Six mois plus tard, le classement mis en ligne jouit aussitôt d’une notoriété planétaire. Un résultat ébouriffant selon Bertrand Bellon, professeur émérite à Paris-Sud, qui connaît bien l’auteur du classement : « Liu et ses collaborateurs ne sont jamais sortis de leur université, ils ont simplement allumé leurs ordinateurs ! » Aujourd’hui, Nian Cai Liu est à la tête d’un institut d’enseignement supérieur étoffé d’une quinzaine de personnes. Toujours aussi discret, il ne répond qu’aux « questions de type universitaire ». Selon Bertrand Bellon, il n’est même pas membre du Parti communiste.
Publié le 14/08/2008 N°1874 Le Point