Milite à plein temps
Posted by anthonylattier on March 6, 2008
PORTRAIT - Pour Julien Cholin, être militant communiste c’est lutter contre la dépolitisation rampante. Et même s’il n’a que 19 ans et a parfois « l’impression d’être seul au monde », il est sur tous les fronts. Sans compter son temps.
Son CV, Julien l’égrène à toute vitesse. Militant à Sud Étudiant. Militant au Parti Communiste. Étudiant en histoire à Tolbiac. Comédien au Conservatoire de Noisiel. Peluche de Gepeto à Disney land. Puis s’excuse : « je parle trop vite ». Rectification : il mitraille, oublie d’articuler, regarde à droite, à gauche, saute d’une idée à l’autre.
Reprenons. Julien Cholin est né à Saint Maur des Fossés (94) mais a vécu son enfance à Bayonne. Alors qu’il a douze ans, ses parents décident de revenir dans la banlieue parisienne, à Noisiel (94), pour monter un restaurant. Sans succès. « J’ai connu la dèche, raconte-t-il, c’est pour ça que je me sens proche de la classe populaire. » De sa jeunesse dans l’ « Aubervilliers de l’ouest », il a tiré sa rage contre l’attentisme : « Quand tu es allé au collège en banlieue, quand tu t’es fait racketter, soit tu glandes, soit tu t’engages. » Il dit « comprendre » les deux attitudes mais c’est la seconde qu’il a choisie. Son père, employé à Disney Land, admire le « style Sarkozy ». Lui opte pour l’extrême-gauche. L’ambiance à la maison ? « Ca a clashé le jour de l’élection présidentielle », admet Julien mais leurs relations restent « cordiales ».
« Servir les luttes »
A 19 ans, Julien a déjà un emploi du temps déjà très serré : « J’ai toujours des “devoirs“ à faire ! », ironise-t-il. Des devoirs scolaires, parfois. Citoyens surtout. « Servir les luttes », telle est l’obligation qu’il se donne. « Être citoyen, qu’est ce que c’est ? s’interroge-t-il, Voter ? Non. C’est s’intéresser aux gens qui ont un mandat, aux gens dans la rue, c’est agir pour défendre ses droits. » L’apathie des gens qu’il croise au quotidien l’écœure, les employés « endoctrinées » de Disney aussi bien que les habitants « dépolitisés » de Noisiel. La cause selon lui : « la fin de l’idéal communiste dans les banlieues ».
Cet idéal, c’est Mme Cornec, sa prof de SES au lycée, qui a lui fait découvrir. Une femme passionnée qui savait « créer du débat en classe ». Le mouvement contre le CPE tombe à pic : « J’ai écrit MON premier tract ». Le voilà mûr pour Tolbiac, « la fourmilière de gauche ». Il s’y forge alors son « propre communisme. » Avec une devise clé : « la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme ». Un slogan démodé ? Julien répond par un autre : « je ne suis pas idéaliste, je milite pour un idéal ». Celui qui rêvait de devenir comédien connaît son texte.
Avec ses formules en poche, il fait déjà figure de militant expérimenté. Pourtant, il ne s’est inscrit au syndicat Sud étudiant qu’en septembre dernier. Mais est entré d’emblée en résistance. Pendant la grève contre la loi Pécresse, il se met à disposition : de 7h30 à 22h, il reste à la fac. « Deux mois de grève en tant que militant forment plus que deux ans sans grève », diagnostique-t-il. Large sourire toujours au coin des lèvres, il tempère « attention, je me cherche toujours en ce moment ». Et pour grandir il préfère les discussions avec ses « camardes » à la lecture des classiques du marxisme. Aujourd’hui il n’a qu’une certitude : à 50 ans, il militera encore.