Damien Abad : « La politisation des municipales par Sarkozy a été une énorme erreur »
Posted by anthonylattier on February 12, 2008
INTERVIEW POLTIQUE : Damien Abad, Président des Jeunes Centristes et chargé d’études sur les questions budgétaires et fiscales dans la Commission des finances de l’Assemblée nationale.
Pensez vous que les enjeux nationaux vont dominer le scrutin municipal des 9 et 16 mars prochains ?
La dimension de politique nationale va avoir une influence uniquement dans les grandes villes, là où le rapport droite contre gauche a réellement un sens. En revanche, dans les villes de moins de 20 000 habitants, les enjeux seront très locaux. L’élection se jouera sur l’évaluation du bilan du maire sortant et sur les personnalités, pas sur des questions partisanes.
Va-t-il y avoir un vote sanction contre le gouvernement ?
Oui, mais il se manifestera surtout dans les grandes villes. Le Parti socialiste va bien sûr en bénéficier. Mais ce sont plutôt les extrêmes, notamment le Front national dont une partie des électeurs s’était portée sur Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle, qui vont se refaire une santé.
Les candidats UMP et Nouveau Centre s’inquiètent de la baisse de popularité du Président de la République, qui s’était engagé dans la campagne puis avait fait marche arrière en janvier dernier. A l’instar d’Alain Juppé, certains ont même retiré le logo UMP de leur affiche. Nicolas Sarkozy est-il devenu gênant?
La volonté de politisation de l’élection par le Président a été une énorme erreur de communication qui risque de peser sur le scrutin. Sarkozy s’est planté sur ce point. Même la gauche ne veut pas politiser l’élection : c’est souvent c’est contre-productif. Sauf pour donner une légitimité à un jeune candidat, les personnalités politiques nationales qui font des déplacements de soutien lors de la campagne desservent souvent les candidats. Ils leur font perdre des électeurs, qui font leur choix en fonction des personnes plus que leur appartenance partisane, en réintroduisant le clivage gauche-droite.
Quelle est la stratégie du Nouveau Centre pour les municipales ?
Il s’agit de conclure des « partenariats exclusifs » avec l’UMP quand la situation locale le permet, c’est-à-dire dans la plupart des cas. Le Nouveau Centre bénéficie du fort maillage territorial des ex-élus UDF avec quelques 500 élus locaux. Dans quelques villes, comme à Bordeaux, le Nouveau Centre formera des listes autonomes.
Dans le cas de Bordeaux justement, la liste menée par Alain Juppé comporte des membres du Modem mais pas du Nouveau Centre. Le message que vous souhaitez envoyer aux électeurs ne perd-il pas en clarté ?
En effet, ces alliances brouillent le message du Nouveau Centre. Mais c’est davantage le Modem qui fait des alliances en fonction des situations locales : avec l’UMP à Bordeaux, avec le PS à Lyon et Paris. Au Nouveau Centre, nous souhaitons constituer des majorités d’idées, le parti de François Bayrou veut des majorités électorales : c’est ce qui nous différencie. Notre ligne est claire : alliance seulement avec l’UMP.
Le Nouveau Centre semble assez absent de cette campagne pour les municipales…
Je suis bien d’accord ! Le parti est trop silencieux mais il est très difficile de se faire entendre. Nous existons depuis seulement quatre mois, nous sommes toujours dans une phase de construction. Au départ, le parti a souffert d’un déficit d’image. Aujourd’hui, notre objectif est d’être une force de propositions au sein de la majorité en essayant d’influer les décisions prises. Il faut l’avouer, difficile de communiquer sur ce créneau, surtout pendant les municipales.
BIO-EXPRESS: Au départ, Damien Abad, 27 ans, se méfiait de la politique. Il lui a longtemps préfèré l’« action publique au sein de l’administration française ». Son parcours en témoigne. Diplômé de Sciences po Bordeaux (major en 2002), il continue sa formation à Sciences po Paris, avec un objectif : intégrer l’ENA. Deux fois admissibles, il échoue à l’oral. Pas découragé pour autant, il postule pour un poste au sein du groupe parlementaire UDF à l’Assemblée nationale. En 2006, il entre au Palais Bourbon en tant que chargé d’études sur les questions budgétaires et fiscales dans la Commission des finances.
L’année dernière, il vit de l’intérieur la scission de l’UDF et décide de s’engager auprès du PSLE, emmené par Hervé Morin. Candidat éclair aux législatives dans les Yvelines, il obtient 3,17% des voix avec une campagne de 8 jours. Il continue de s’investir dans le parti et en septembre dernier, le comité exécutif du Nouveau Centre le désigne Président des Jeunes centristes, une organisation qui compte 1500 adhérants et « où tout est à construire ». Pour les municipales, plusieurs villes lui ont été « proposées » mais c’est sur la liste UMP de Vauvers, ville où il a fait une partie de sa scolarité, qu’il est inscrit.