Municipales 2008 - Karfa Diallo : « Notre démarche est plus sociale que politique »
Posted by anthonylattier on January 7, 2008
INTERVIEW - Depuis 1996, Karfa Diallo mène, avec l’association DiversCités, un combat pour la création d’un Mémorial de la traite des noirs à Bordeaux. Comme en 2001, ce franco-sénégalais de 36 ans prendra la tête de la liste Couleurs Bordelaises (qui avait réalisé 3,70% des voix). Au centre du projet pour les municipales, le travail de mémoire mais aussi la démocratie participative et le renouvellement de la classe politique locale. Rencontre à l’Utopia, son quartier général.
Quel est la base de votre engagement politique ?
La municipale nous offre une tribune pour proposer un projet alternatif. Au départ, nous partons des luttes militantes de diverses associations et collectifs, notamment en faveur de la démocratie locale, du travail de mémoire, du patrimoine local et de la lutte contre l’exclusion. Ce qui nous unis, ce sont les thèmes de l’identité et de la diversité. Notre démarche est donc plus sociale que politique.
En quoi constituez-vous une alternative ?
Notre constat est simple : la démocratie crée un système de captation du pouvoir par les élus, reléguant la citoyenneté au simple vote. Nous opposons à ce système une démarche participative afin de remettre l’investissement citoyen au centre de la vie politique. Comme lors de la création de la liste « Couleurs Bordelaises » en janvier 2001, nous nous engageons pour le renouvellement de la classe politique locale.
Quels sont les thèmes phares de votre projet ?
Essentiellement les problématiques autour de la redistribution. Premièrement une redistribution équitable et solidaire. Nous proposons d’améliorer les équipements sportifs, culturels, socio et sanitaire ; de mettre en place de tutorats pour les jeunes défavorisé pour leur ouvrir l’accès aux grandes écoles ; et de soumettre les dépenses de la municipalité au commerce équitable. Deuxièmement, une redistribution politique. Il faut donner aux différents conseils de la ville (conseil de quartiers, conseil des communautés étrangères, conseil municipal des sports, etc.) une réelle autonomie. Nous exigeons aussi un audit des subventions aux associations pour mettre fin à l’opacité qui entoure leurs fonctionnements. Troisièmement, une redistribution culturelle. La culture bordelaise est institutionnelle et cloisonnée. Nous souhaitons donc davantage soutenir la jeune scène qu’elle soit théâtrale ou musicale.
Quel bilan tirez-vous de la période Juppé ?
Au départ, il s’est présenté comme le sauveur de la ville. Aujourd’hui sa figure est complètement démystifiée : après son passage par le gouvernement Fillon, il ne peut plus faire croire que Bordeaux est sa priorité. En fait, après sa défaite aux législatives, il a plus besoin de Bordeaux que Bordeaux n’a besoin de lui.
Il s’appuie pourtant sur un bilan solide, mettant en avant sa politique de transports et de réaménagements urbains.
Des avancées indéniables sont certes à mettre son actif, notamment sur l’ouverture économique et sociale. Mais il a développé une culture politique autoritaire et technicienne, en partant du principe que développer les transports en commun suffirait à améliorer les conditions de vie des citoyens. Or plusieurs études montrent que ces conditions de vie se sont dégradées entre 1995 et 2005. Aujourd’hui, Bordeaux a gagné une image d’une ville carte postale. Pour autant, de nombreux quartiers restent en souffrance et sont sous-entretenus, comme Saint-Michel, Le grand parc, Bacalan, etc.
Quels rapports entretenez-vous avec la gauche ?
Nous refusons toutes alliances avec le PS et les Verts. La gauche institutionnelle n’a jamais fait de Bordeaux un enjeu, préférant se réfugier derrière un système de cogestion basé sur un accord tacite : la ville à la droite, le département et la région à la gauche. Concernant l’extrême-gauche, nous discutons avec eux mais nous ne partageons pas leurs modes de luttes.
Vous vous engagez depuis longtemps sur la question de la reconnaissance du passé esclavagiste Bordelais. Quelles sont vos propositions pour que la ville assume ce passé ?
Au XVIIIe siècle, c’est avec l’esclavagisme et l’Empire colonial que Bordeaux a rayonné. Ce patrimoine doit être assumé dans sa totalité. Ce n’est pas une question de repentance mais de mémoire. Dans la mesure où ce passé explique ce qu’est Bordeaux aujourd’hui, la création d’un Mémorial serait un premier pas décisif. Il faut remettre l’Histoire sur ses pieds.
Propos recueillis par Marie Bolinches et Anthony Lattier