Le peintre et les deux gardiens de l’Opéra Garnier
Posted by anthonylattier on November 14, 2007
AMBIANCE - L’exercice est simple : se poster discrètement dans un lieu de son choix et observer ce qui s’y passe, un stylo à la main et les cinq sens en eveil. Exemple ici, sur le parvis de l’Opéra Garnier, dans le IXe arrondissement, où deux agents de sécurité et un peintre se livrent à un étrange ballet… Lire la suite
En pénétrant dans le hall de l’Opéra Garnier, impossible de les louper. A gauche, un peintre ; à droite, deux agents de sécurité. Le premier, vieux jean et chemise à moitié ouverte, est courbé sur son chevalet ; les deux autres, en costard cravate, sont droits dans leurs bottes, un talky walky à la main. Un Black, un Blanc et un Beur qui se partagent un 5m2 avec vue imprenable sur la place Vendôme. Entre eux, la cohabitation est parfaite : « Voilà le meilleur ! » s’exclame l’artiste lorsque l’un des gardiens de l’opéra vient en renfort de son collègue débordé par un afflut de touristes.
L’Opéra Garnier a beau être dédié à l’écoute, pour ces trois là c’est le regard qui prime : repérer le badaud attiré par les tableaux pour l’un, balayer des yeux le parvis de l’opéra pour détecter les troubleurs de l’ordre et sonder d’un coup d’oeil le fond des sacs pour les autres.
Partition. Chacun joue sa partition. Pour les deux agents de sécurité, il s’agit de canaliser l’arrivée désordonnée des visiteurs. Leur gestuelle est bien réglée : un doigt en direction d’une besace et elle s’ouvre aussitôt, une main en opposition et l’entrée vous est interdite. Bach et Pergolèse, dont les profils sont sculptés trois mètres au dessus, n’ont pas à s’en faire : ils sont bien gardés.
L’aquarelliste lui aussi parle avec ses mains, mais pour compenser son anglais approximatif. Et créer ainsi une complicité avec des touristes de passage qui flânent devant ses tableaux de la Tour Eiffel ou des Champs-élysées. « Do you like them ? » se risque le peintre devant un voyageur anglais. « Of course I do ! » répond l’intéressé. Mais aucune toile ne quittera son chevaler. Habitué, le peintre se rassied. Un clin d’oeil aux gardiens du temple et il se remet à son ouvrage.
