1
February
2008

Quand les PV de gendarmerie retracent la Seconde Guerre mondiale0

LIVRE. Deux journalistes de L’Express ont consulté les rapports classés secrets de la gendarmerie de 1940 à 1945. L’ouvrage qui en résulte raconte la vie quotidienne pendant le conflit, vue par les forces de l’ordre.

« Nous avons regardé ces archives avec notre œil de journalistes », explique Eric Pelletier. Ce grand reporter a coécrit avec Jean-Marie Pontaut, rédacteur en chef de L’Express, Chronique de la France occupée, Rapports confidentiels de la gendarmerie. Ce livre, par de nombreuses nouvelles tirées des procès verbaux rédigés par les représentants de l’Etat, relatent la « petite histoire » des Français à cette époque.
Ces fragiles papiers fourmillent d’anecdotes, qu’il a fallu trier de la masse de procès-verbaux qui concernaient le fonctionnement des brigades. « Deux jeunes journalistes nous ont été », précise Eric Pelletier. Les petites histoires sont divisées en quatre grands thèmes : la déportation, la résistance, la vie quotidienne et la libération.
Les faits consignés sont parfois touchants, parfois révoltants. « Un médecin a essayé d’écraser des Juifs avec sa voiture, raconte Jean-Marie Pontaut. Il a été arrêté par les forces de l’ordre. Quand les gendarmes lui ont demandé pourquoi, il a répondu que son beau-frère, qui travaillait au tribunal, lui avait assuré qu’il ne risquait rien en écrasant un Juif. » Face à ces actes que Jean-Marie Pontaut qualifie de « saloperie », des personnages historiques apparaissent, comme Jean Moulin, et les gestes de bravoures se dessinent. « Un gendarme rapporte qu’un résistant s’est évadé de l’hôpital où il était gardé, se remémore le rédacteur en chef. En fait, c’est ce gendarme qui a organisé cette évasion, mais il ne peut le dire. »
Le plus important pour les deux journalistes était « de rédiger un livre sur la vie quotidienne des Français, pas un livre sur la gendarmerie ». « On connaît mal les détails, l’extrême pauvreté de la population, même à la campagne », admet Jean-Marie Pontaut. Les maquis ont particulièrement retenu l’attention des auteurs. « Les gendarmes sont les premiers témoins de la résistance, indique Eric Pelletier. Ils rencontrent les jeunes qui ont fui le service du travail obligatoire, pour qu’ils ne basculent pas dans la lutte armée. » Leur proximité avec la population, surtout dans les zones rurales, représente un atout.
Le livre ne se veut pas un travail d’historien : il raconte ce qui peut toucher maintenant de cette époque troublée en France.