Ségolène : envers et contre tous

fév 2009

 

Elle ne lâchera rien. Jusqu’en 2012, au moins. Ségolène Royal est de cette trempe là, de celles qui s’affirment et règlent leurs comptes. Le rendez-vous est donc pris. Dans “Femme debout”, son livre d’entretiens avec la journaliste Françoise Degois, l’éternelle candidate déchue du PS revient sans langue de bois sur sa jeunesse, son parcours politique, ses erreurs et ses aigreurs. Le lecteur découvre les déchirures et les injustices. Mais si Ségolène Royal est victime, elle est toujours debout, en plein “désirs d’avenir”.
Particulièrement bien écrit, le livre ouvre une porte vers l’intimité de son personnage. Dommage que la complicité des deux femmes et leurs éclats de rire mettent l’ouvrage en péril. Françoise Degois, qui suit Ségolène Royal depuis des années, mène ici son propre combat : celui de défendre sa favorite contre tous. Le manque d’objectivité évident tire une balle dans le pied à cette biographie partisane.

Femme debout, Ségolène Royal, entretiens avec Françoise Degois, Ed. Denoël, 274 pages, 19 euros


La tragi-comédie du PS

nov 2008

C’est la guerre des dames au Parti socialiste. Ségolène Royal et Martine Aubry se font face, sans rien lâcher. Toute la semaine, les militants ont pu assister au retour des querelles et des rivalités dans la course à la succession à François Hollande. Dès lundi, Bertrand Delanoë a fait marche arrière. Il affiche son soutien à “ la candidature de Martine Aubry et appelle à voter massivement en sa faveur ”, alors même qu’il avait renoncé à donner une consigne de vote après avoir jeté l’éponge au congrès de Reims. C’est le retour du “ Tout sauf Ségolène ”.

Les cartes sont alors rebattues, à 72 h du vote. Arithmétiquement, la maire de Lille a toutes ses chances. D’autant que Benoît Hamon, troisième candidat au poste de premier secrétaire, a annoncé qu’il appellerait à voter pour elle au deuxième tour. Mais Ségolène Royal ne s’annonce pas vaincue et martèle mardi, sur France 3, qu’elle reste “ déterminée ”.

Jeudi, les prévisions annoncent des résultats serrés entre les deux femmes : les soutiens du maire de Paris s’éparpilleraient entre les deux candidates.

 Un vote qui déchire le PS

Tard dans la nuit, le résultat est annoncé sans surprise. Les socialistes auront le droit à un second tour. Ségolène Royal n’a pas réussi à prendre le parti en un seul scrutin. La suite s’annonce difficile pour elle. Car si elle devance Martine Aubry (34,5 % des votes) avec presque 43 % des suffrages, l’ancienne candidate à la présidentielle se retrouve seule. La maire de Lille profitera du vote des militants pro-Hamon au second tour. 

Samedi matin, le scénario catastrophe devient réalité. 50,02 % pour Aubry, 49,98 % pour Royal. Une différence de 42 voix. Le PS est littéralement déchiré en deux. Un résultat inimaginable, cauchemardesque. Et tant pis pour ceux qui pensaient que le vote mettrait tout le monde d’accord. Car si Martine Aubry s’auto-proclame “ le premier secrétaire de tous les militants ”, Ségolène Royal réclame quant à elle un troisième tour. Le parti s’enlise encore un peu plus : c’est la guerre des chiffres qui commence, pour comptabiliser les erreurs et les éventuelles tricheries. Le navire socialiste devient ingouvernable et certains déclarent, comme Benoît Hamon, que son “ existence même est en cause ”. Mardi soir, le Conseil national du PS tranchera pour mettre fin au psychodrame et sauver ce qui peut encore l’être. 

Photo : Europe 1 


Le PS est fatigué

nov 2008

Les visages sont tirés, les yeux cernés. Ce matin, le Parti socialiste a tourné une page de son histoire. Mais pas la meilleure. Depuis l’échec du congrès de Rennes en 1990, un tel scénario ne s’était pas produit. Les socialistes s’en souvenaient pourtant, mais ils ne pensaient pas que l’histoire pouvait se répéter.

Ce matin, aucun rassemblement n’a pu être trouvé. On en est là. Bertrand Delanoë se retire de la course. Il est venu le dire lui-même à l’estrade, devant les militants. Peu de réactions en définitive, suite à cette annonce. Pour le maire de Paris, la soirée de la veille s’est “déroulée dans la vérité des convictions”. Autrement dit, personne n’a voulu concéder un peu de terrain. “Nous voulions trouver un accord politique avec les motions (…) avec lesquelles nous n’avions que des nuances, a-t-il expliqué. Je regrette que les motions A, D et C (ndlr: Delanoë, Aubry et Hamon) n’aient pas pu présenter ce matin une proposition commune aux délégués”.

Pourtant, si l’on en croit les propos de Marylise Lebranchu, montée quelques minutes plus tard à la tribune pour présenter la candidature de Martine Aubry, la signataire de la motion D aurait “essayé de soutenir d’autres candidats qu’un candidat issu de la motion D”. Mais à chaque fois, aucun compromis n’aurait pu être trouvé autour d’un nom.

Les chefs n’ont donc finalement pas trouver de leaders. Ils poursuivent leur guerre interne, jusqu’au vote final de jeudi prochain, où les militants choisiront leur premier secrétaire. Benoît Hamon l’a d’ailleurs rappelé en décrivant “ le bal des socialistes, la scène que nous jouons inlassablement depuis plusieurs mois ”. Leur désaccord ? La question de l’alliance avec le MoDem a bien entendu empêché tout rapprochement avec le clan Royal. Les autres ne sont pas parvenus à s’entendre sur un nom, alors même que leurs idées coïncidaient presque totalement. La veille, l’élaboration d’un texte commun, finalement pas signé, n’a pas réussi à concrétiser une alliance.

Et cette mésentente était palpable ce matin au Parc des expositions de Reims. Les militants affichaient des visages fatigués et dépités. Beaucoup de soutiens à Benoit Hamon et Martine Aubry ont hué l’intervention de Vincent Peillon, bras droit de Ségolène Royal, ainsi que la candidate quelques minutes après. Mais à l’applaudimètre, les trois candidats restent au coude à coude et il est encore trop tôt pour savoir quel candidat peut prendre l’avantage.

Et si les militants apparaissaient, à l’image de leurs leaders, très divisés, tous les socialistes ont pourtant souligné ce matin l’enjeu de rénovation du parti et de l’ancrage à gauche. Et sur ses bases claires et retenues par tous, certains y croient encore. A l’image de Martine Aubry qui “souhaite pleinement le rassemblement ” autour du texte rédigé lors de la réunion de la Commission des résolutions. Car le maire de Paris n’a toujours affiché aucune préférence et l’on glisse ici et là qu’il pourrait appuyer tel ou tel. Et en ligne de mire, c’est la maire de Lille qui pourrait bien en profiter.

Mais désormais, comme l’a rappelé Ségolène Royal, “ la parole est aux militants ”. “ C’est à vous de rassembler le parti ”, leur a-t-elle lancé. Car puisque les ténors n’y sont pas parvenus, toujours plus divisés, c’est aux militants que revient la tâche de trancher. Martine Aubry et Ségolène Royal ont toutes deux rappelé que “ tout le monde devra se ranger derrière le vote souverain des militants ”. La hache de guerre sera-t-elle enterrée jeudi soir, à l’annonce des résultats ? Rien n’est moins sûr.


Reims : le camp retranché des gallo-socialistes

nov 2008

Reims, il est 21h. Dans le centre ville, la maire PS de la ville, Adeline Hazan, a organisé la Noctambule, une soirée festive qui propose des animations dans les rues du centre. Et si les jeunes et les familles sont des sortie dans les rues piétonnes, on sent bien qu’une atmosphère toute particulière imprègne la ville.

Premier arrêt à l’hotel Continental où Ségolène Royal a posé ses bagages. Au rez-de-chaussée, unr estaurant chic fait déjà le plein même si une salle a été réservée à l’arrière du restaurant. Derrière les voilages, les convives ne sont pas encore arrivés.

Car ce soir, les socialistes sont au travail. Et rien n’est gagné d’avance. A la réunion de la Commission des résolutions, les principaux signataires des motions doivent tenter de trouver un compromis, une entente cordiale. Ils se sont réunis au Palais des congrès, dans le centre de Reims, à quelques pas de l’agitation. Ils vont discuter une bonne partie de la nuit. En vain.

A 1h30 du matin, Ségolène Royal sort de la salle. Un accord n’a pas été trouvé. “La main tendue (par notre équipe, ndlr) n’a pas été saisi. Nous en prenons acte. J’en appelle à tous les militants du Parti socialiste, qui vont maintenant prendre leurs responsabilités jeudi prochain. Ils vont avoir à choisir quel Parti socialiste ils veulent, à choisir entre le retour aux méthodes d’un autre âge, celles à laquelle nous assistons, un nouveau Parti socialiste avec une nouvelle génération avec d’autres méthodes, avec d’autres façons de faire”.

Les trois autres ténors restent donc dansle bunker pour chercher un solution. Mais là encore, c’est l’échec. A 2h30, Benoït Hamon quitte le Palais des congrès et annonce qu’”Il n’y a pas de rassemblement à ce stade, mais tout est toujours ouvert, si le temps qui reste est utilisé à cela”. Le jeune représentant de la gauche du parti, fort de ses 19% recueillis auprès des militants, maintient sa candidature. “Je suis toujours candidat ce soir et je le serai demain pour incarner le changement”.

Peu après, Bertrand Delanoë quitte à son tour discrètement le Palais, suivi de Martine Aubry, silencieuse.

Ce matin, le PS est au bord de l’implosion. Trois candidatures se dégagent: celle de Royal, Hamon et Aubry. De sources proches du maire de Paris, Bertrand Delanoë ne devrait pas être candidat, “pour rester réglo”.

Prévue initialement à 9h30, l’heure de dépôt des candidatures au poste de premier secrétaire a été décalée.


Congrès du PS : Aubry, vedette du jour

nov 2008

Elle y a eu le droit, elle. Une standing ovation, une vraie. Et elle était presque émue, Aubry, alors que les militants criaient “ Martine !, Martine ! ” Un bon présage ? Il est encore trop tôt pour le dire. Et pourtant, la maire de Lille a su séduire, en attaquant la gestion de la crise faite par Nicolas Sarkozy. “ Ce ne sont pas les 100 000 emplois aidés (…) qui vont arranger la situation ”, s’est-elle exclamée en insistant aussi sur “ la volonté d’ancrage à gauche ” tant voulue par les militants.

 Une manière de fermer définitivement la porte à Ségolène Royal. En rappelant aussi son refus de la cotisation à 20 euros, proposée par la présidente de Poitou-Charentes, afin de “ garder un parti de militants qui soit le défenseur de nos valeurs, de notre combat commun ”.

Mais si tout est bien hermétique avec Royal, Martine Aubry a fait du pied au maire de Paris en précisant qu’elle ne faisait “ aucun préalable concernant le dispositif humain ”. Un clin d’œil à Bertrand Delanoë, qui l’a utilisé à plusieurs reprises, et qu’elle a qualifié de “ bon mot ”. Une œillade qui s’est conclue par une embrassade, devant un public conquis.

 

 

 

 

 


Congrès du PS : Royal y croit encore

nov 2008

Des applaudissements… et des huées. Ségolène Royal n’a pas laissé les militants indifférents, tout au long de son discours qui a duré presque 45 minutes. Car celle qui est arrivée en tête du vote des militants le 6 novembre dernier a voulu “jouer la transparence démocratique”, jouer cartes sur table, et dire aux militants ce qu’elle dirait lors de la réunion de la Commission des résolutions qui débutera ce soir et réunira à huis clos les principaux ténors des motions. Certains ont aimé ses propos, d’autres pas.

Sa grande annonce ? “Il y aura une consultation directe des militants sur la question des alliances”, a-t-elle annoncé, à grands renforts d’applaudissements mais aussi de cris de rejets des militants hurlant: “A gauche ! A gauche!” Car la question de l’alliance avec le MoDem reste au centre du congrès. Les “TSS” le brandissent haut et fort pour rejeter le rassemblement autour de Royal. Alors pour contrer cette “excuse”, comme elle la qualifie elle-même, Ségolène Royal contre-attaque. “Sommes nous si faibles, si apeurés qu’une alliance éventuelle dans 3 ans nous jette hors de nous-mêmes, alors que certains parmi les plus enflammés la pratiquent déjà chez eux.” C’est dit.

Mais à l’image des leaders, les militants sont apparus très divisés suite à cette proposition et ont vivement réagi. Peu importe : Ségolène Royal croit encore qu’un rassemblement est possible, jusqu’à la dernière minute. Ou feint de le croire en prônant la réconciliation. “Il nous faut nous soigner de toutes ces petites et grandes blessures que nous nous sommes infligées, de tous ces mots désagréables et même violents, de ces chagrins et parfois ces offenses. Il va falloir les oublier, les effacer et un jour nous les pardonner”, a-t-elle déclaré avant d’ajouter “afin d’être moins détestables à nos compatriotes”.

La présidente de la région Poitou-Charentes a alors invité les ténors à ce “chantier” du rassemblement. “Nous aurons tant besoin les uns des autres que nous finirons bien par nous aimer un tout petit peu”. Un rêve éveillé peut-être. Pour une majorité de militants en tout cas, Ségolène Royal n’a pas convaincu. Pas beaucoup plus lorsqu’elle a rappelé son intention de maintenir une cotisation “à prix modique”. “Il faut aller chercher l’argent où il se trouve en respectant les parités qui nous font perdre 8 millions d’euros en pénalité chaque année”, a-t-elle martelé. Une invitation à un nouveau PS, à une rénovation… “à un nouveau front populaire”.

 

 


Congrès du PS : La valse des royalistes

nov 2008

Ce matin, les royalistes sont de sortis. On les voit partout à la buvette des journalistes. Ils viennent discuter, porter un message et se faire voir pour afficher un climat de confiance. De Dominique Bertinotti à Aurélie Filippetti en passant par Gérard Collomb, ils sont tous là. Et le manège a été bien orchestré… Comme cette entrée en fanfare de Ségolène Royal, en plein milieu du discours de Pierre Moscovici, soutien de Bertrand Delanoë. Pour finalement ne rien dire, ne pas réagir et sortir par une porte dérobée. Mais l’objectif a été atteint : tout le monde a remarqué la candidate au poste de premier secrétaire.


Congrès du PS : discours de Delanoë

nov 2008

“Allez on y va, on est debout !” Bertrand Delanoë a conquis son auditoire lors de son discours samedi 15 novembre. Une “standing ovation”, en somme. Pendant plus de 20 minutes, le maire de Paris, et premier signataire de la motion A, a appelé à l’unité. “Il faut surmonter les nuances et faire en sorte que ce qui n’a pas été possible avant le 6 novembre le soit” et que les principaux signataires “aient le courage aujourd’hui de se rassembler pour offrir une perspective au PS”.

Mais très vite, Bertrand Delanoë a précisé son désaccord avec Ségolène Royal concernant la question de l’alliance avec le MoDem. “Il est déjà difficile de gérer le PS à toute la gauche. Si vous y ajoutez un bout de la droite, ça ne peut pas marcher”, s’est-il exclamé en invitant les militants socialistes à soutenir cette idée dès le premier tour du vote, le 20 novembre. Le “TSS” est de retour !

Et pour s’assurer  que Ségolène Royal ne l’emportera pas, Bertrand Delanoë a annoncé qu’avec ses 25 %, il mettait ses “forces à la disposition du PS”.

Et tant pis s’il reste le “grand perdant”. “Ca m’est égal”, a-t-il lancé, enervé, avant d’assurer qu’il n’avait “aucun intérêt personnel à l’issue du congrès”, si ce n’est : “Je ne veux pas que Nicolas Sarkozy ou François Bayrou soient les vainqueurs de ce congrès”.


Congrès du PS : Moscovici n°3

nov 2008

Ca traîne dans les couloirs. Pour parler, faire avancer le débat… mais toujours à mots couverts. C’est du “ off ” sans en être. On croise par exemple Jean-Marc Ayrault, attablé avec trois journalistes. Plus tard, Gérard Collomb fait son apparition. Il fait mine de n’avoir rien à dire. Mais très vite, il annonce que la motion de Ségolène Royal a proposé la place de n°3 à Pierre Moscovici. Selon le maire de Lyon, Pierre Moscovici serait “ dans une attitude très ouverte ”. Gérard Collomb a en tout cas rappelé qu’un “ ticket Ségolène/ Vincent Peillon ” était désormais inéluctable. “ Cela ne changera pas ”, a-t-il affirmé. Reste à savoir si Pierre Moscovici acceptera la main tendue de Ségolène Royal.

 


PS : La guerre des trois aura bien lieu

nov 2008

A quelques jours du congrès de Reims, le Parti socialiste apparaît plus que jamais divisé. Fragilisé par la guerre des chefs qui élude les questions idéologiques, l’avenir du PS est plus qu’incertain. Etat des lieux d’un parti « lyophilisé ».

 

 Elle leur avait donné rendez-vous. Le soir du 6 mai, après sa défaite à la présidentielle, Ségolène Royal les avait conviés à un « renouvellement profond de la vie politique, de ses méthodes et de la gauche ». Et tous avaient reconnu que l’objectif de rénovation du parti était indispensable. Une lueur d’espoir et de volonté de changement pour le Parti socialiste s’était alors élevée. Pour retrouver la grandeur d’avant. Mais l’élan, peut-être trop utopiste, s’est vite essoufflé et la guerre des chefs a repris ses droits.

Six mois après jour pour jour, et à 24 heures du congrès, le constat est sans équivoque. Le Parti socialiste n’a pas avancé. Les incertitudes persistent, à tous les niveaux, et les ténors n’ont pas réussi à se rassembler. La préparation du congrès a davantage laissé place aux petites phrases assassines qu’aux questions idéologiques. Et peu importe que les motions n’apportent peu ou pas de réponse à la crise financière : l’important était d’obtenir une large majorité au moment du vote des militants, le 6 novembre dernier. Read the rest of this entry »