Les visages sont tirés, les yeux cernés. Ce matin, le Parti socialiste a tourné une page de son histoire. Mais pas la meilleure. Depuis l’échec du congrès de Rennes en 1990, un tel scénario ne s’était pas produit. Les socialistes s’en souvenaient pourtant, mais ils ne pensaient pas que l’histoire pouvait se répéter.
Ce matin, aucun rassemblement n’a pu être trouvé. On en est là. Bertrand Delanoë se retire de la course. Il est venu le dire lui-même à l’estrade, devant les militants. Peu de réactions en définitive, suite à cette annonce. Pour le maire de Paris, la soirée de la veille s’est “déroulée dans la vérité des convictions”. Autrement dit, personne n’a voulu concéder un peu de terrain. “Nous voulions trouver un accord politique avec les motions (…) avec lesquelles nous n’avions que des nuances, a-t-il expliqué. Je regrette que les motions A, D et C (ndlr: Delanoë, Aubry et Hamon) n’aient pas pu présenter ce matin une proposition commune aux délégués”.
Pourtant, si l’on en croit les propos de Marylise Lebranchu, montée quelques minutes plus tard à la tribune pour présenter la candidature de Martine Aubry, la signataire de la motion D aurait “essayé de soutenir d’autres candidats qu’un candidat issu de la motion D”. Mais à chaque fois, aucun compromis n’aurait pu être trouvé autour d’un nom.
Les chefs n’ont donc finalement pas trouver de leaders. Ils poursuivent leur guerre interne, jusqu’au vote final de jeudi prochain, où les militants choisiront leur premier secrétaire. Benoît Hamon l’a d’ailleurs rappelé en décrivant “ le bal des socialistes, la scène que nous jouons inlassablement depuis plusieurs mois ”. Leur désaccord ? La question de l’alliance avec le MoDem a bien entendu empêché tout rapprochement avec le clan Royal. Les autres ne sont pas parvenus à s’entendre sur un nom, alors même que leurs idées coïncidaient presque totalement. La veille, l’élaboration d’un texte commun, finalement pas signé, n’a pas réussi à concrétiser une alliance.
Et cette mésentente était palpable ce matin au Parc des expositions de Reims. Les militants affichaient des visages fatigués et dépités. Beaucoup de soutiens à Benoit Hamon et Martine Aubry ont hué l’intervention de Vincent Peillon, bras droit de Ségolène Royal, ainsi que la candidate quelques minutes après. Mais à l’applaudimètre, les trois candidats restent au coude à coude et il est encore trop tôt pour savoir quel candidat peut prendre l’avantage.
Et si les militants apparaissaient, à l’image de leurs leaders, très divisés, tous les socialistes ont pourtant souligné ce matin l’enjeu de rénovation du parti et de l’ancrage à gauche. Et sur ses bases claires et retenues par tous, certains y croient encore. A l’image de Martine Aubry qui “souhaite pleinement le rassemblement ” autour du texte rédigé lors de la réunion de la Commission des résolutions. Car le maire de Paris n’a toujours affiché aucune préférence et l’on glisse ici et là qu’il pourrait appuyer tel ou tel. Et en ligne de mire, c’est la maire de Lille qui pourrait bien en profiter.
Mais désormais, comme l’a rappelé Ségolène Royal, “ la parole est aux militants ”. “ C’est à vous de rassembler le parti ”, leur a-t-elle lancé. Car puisque les ténors n’y sont pas parvenus, toujours plus divisés, c’est aux militants que revient la tâche de trancher. Martine Aubry et Ségolène Royal ont toutes deux rappelé que “ tout le monde devra se ranger derrière le vote souverain des militants ”. La hache de guerre sera-t-elle enterrée jeudi soir, à l’annonce des résultats ? Rien n’est moins sûr.