Archive for December, 2007

Le stade Yves du Manoir de Colombes (92) a accueilli les plus grands évènements du sport français jusqu’en 1974. L’enceinte, aujourd’hui vétuste, est occupée par le Racing-Métro 92 Rugby, en pleine reconstruction. Le conseil général des Hauts-de-Seine, propriétaire du stade, a le projet de rebâtir un grand stade, pour un grand Racing, dés 2010.

« Racing, Racing, Racing », les joueurs du Racing-Métro 92 Rugby sortent sous les applaudissements des deux milles spectateurs du stade Yves du Manoir, après leur victoire sur Grenoble (28-13). Un duel entre deux anciennes gloires du rugby français, aujourd’hui en deuxième division, qui a tourné à l’avantage des ciels et blanc du Racing. L’équipe banlieusarde cinq fois championnes de France, reste invaincue dans son stade de Colombes (92) depuis le début de la saison et espère retrouver son lustre d’antan dés l’année prochaine en retrouvant l’élite du rugby français. C’est dans les travées de ce « temple du sport français » que se reconstruit l’avenir du club.

« 100 ans, cela fait 100 ans que ce stade accueille les plus grands évènements du sport français. C’est le stade de France de l’époque » raconte Thierry Malingre, membre de la direction des sports du conseil général des Hauts-de-Seine et historien improvisé de ce stade mythique. Mais aussi 80 ans plus de 80 ans, que le Racing, fondé en 1882, est le club locataire de l’enceinte sportive.

Aujourd’hui, quand on pousse les portes bleues qui mènent à la tribune d’honneur, les seuls gradins encore debout, on a du mal à imaginer que ce stade vétuste de 7 500 places ait pu accueillir la finale de la Coupe du monde de football en 1938, remportée par l’Italie. L’enceinte ressemble plus à un stade municipal ou à un stade de quartier qu’à un monument du sport français. On cherche d’un regard dubitatif l’endroit où a été allumée la flamme Olympique en 1924, lorsque Paris était pour la première fois l’hôte des Jeux. Ce soir, la pelouse verdoyante labourée par les deux équipes, côtoie la piste d’athlétisme défraichie où on n’arrive plus à distinguer les lignes blanches. En observant ce stade en friche, on se demande où ont été entassés les 62 145 spectateurs qui ont assisté au match de football opposant l’équipe de France à l’URSS, en 1956. La tribune d’honneur plantée au milieu des 24 hectares du complexe sportif, paraît orpheline, perdue au milieu de la dizaine de terrains annexes qui l’entoure.

stade.jpg

Un public jeune qui ne connaît pas le passé glorieux de ce stade

« La tribune Marathon et les virages ont été rasés en 1994 car ils menaçaient de tomber. Ils ont été laissés à l’abandon pendant plusieurs dizaines d’années, alors ils sont devenus dangereux. C’est dommage, c’est du gâchis » déplore Thierry Malingre qui foule en tant qu’amateur, la piste d’athlétisme du stade depuis 1967. Les virages où autrefois se trouvaient les classes populaires pour encourager leurs héros de l’époque, ont été remplacés par des tentes chauffées qui servent de salon de réception pour les partenaires économiques du club et pour la 3e mi-temps des joueurs. Des panneaux publicitaires ont été dressés sur les ruines de la tribune Marathon, qui pouvait contenir plus de 20 000 personnes.

Assis sur les sièges ciel et blanc de la tribune d’honneur, les supporteurs du Racing sont venus en masse malgré le froid qui s’est abattu sur Paris, en ce weekend de décembre. Emmitouflés dans leurs écharpes aux couleurs du club, de nombreux pères de famille sont accompagnés de leurs enfants, qui donnent de la voix et agitent leurs drapeaux ciel et blanc pour se réchauffer. L’ambiance est au rendez-vous. Bercé par les exploits de la bande à Zizou au stade de France en 1998, ce jeune public n’a pas conscience de l’histoire portée par ce qui reste du stade de Colombes.

stade-2.jpg

« Les matchs se déroulaient devant 60 000, dans une ambiance incroyable » Jean

Au milieu de cette foule, Jean, 72 ans, regarde le match debout, s’abritant derrière un mur de la tribune pour se couper du vent. Cet ancien joueur du Racing dans les années 70, habite en face du stade qu’il fréquente depuis plus de 50 ans. Chaque weekend il traverse la rue qui le sépare du terrain sur lequel il s’entraînait, et où il vient maintenant en tant que simple spectateur. Il se souvient des matchs du Tournoi des V nations qu’il venait voir. «Les jours de match, les supporteurs adverses envahissaient Colombes. Je me rappelle des Anglais qui venaient en masse, le match se déroulait devant 60 000 personnes dans une ambiance incroyable ». Depuis quelques années, il se déplace moins régulièrement au stade, non pas qu’il n’ait plus le courage de parcourir les 50 mètres qui le sépare du stade mais parce qu’il ne retrouve plus l’ambiance de l’époque. « Le rugby d’aujourd’hui me plait moins, c’est trop défensif. En plus le stade maintenant c’est le désert ». Nostalgique ? « Non, il faut vivre avec son temps et ne pas regarder le passer, mais le Racing ne peut pas rester avec un stade comme ça. Si le club veut évoluer il faudra qu’il construise un nouveau stade, plus moderne ».

Construit en 1907 sur un champ de courses, le stade sera baptisé stade du Matin, du nom du journal qui en était le propriétaire. Mais c’est la désignation de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 1924 qui lance sa transformation en stade Olympique. A l’époque, la capitale ne possède pas de structure sportive de ce niveau, c’est le stade de Colombes qui est choisi. En 1928, il reçoit son nom définitif, en prenant celui de stade Yves du Manoir, du nom du rugbyman international, joueur du Racing, décédé dans un accident d’avion.

Un nouveau stade prévu pour 2010

80 ans après, c’est encore les Jeux Olympiques qui auraient pu faire renaître ce haut lieu du sport français. La candidature de Paris pour l’organisation des Jeux de 2012 avait relancé le projet de rénovation du stade. En effet, « le projet qui a échoué prévoyait d’utiliser cette enceinte pour accueillir les épreuves de baseball » raconte Anne Bernard-Dognin du service communication du conseil général des Hauts-de-Seine. Le département avait même décidé de prendre les choses en main en rachetant ce stade vieillissant au club du Racing, le 1er janvier 2003. Le projet resté dans un placard pendant plusieurs années, vient d’être relancé. Thierry Malingre soutient le projet sans trop y croire, « ce stade a été laissé à l’abandon, le mal est fait. Même si on construit un nouveau stade, il n’y a personne pour croire que ce stade renaîtra de ses cendres ».

Pourtant, des études sont menés depuis 2001 par le conseil général qui envisage de détruire le stade actuel pour en construire un nouveau entouré d’un centre commercial pour redonner vie au quartier » explique Anne Bernard-Dognin, du conseil général des Hauts-de-Seine. Un stade de 20 000 places, un stade annexe de 1 500 places, un hôtel intégré à l’enceinte, un pôle de loisirs et de commerce de plus de 45 000 m2 et un musée des JO devrait sortir de terre à l’horizon 2010-2011. Un concept à l’anglo-saxonne, où les infrastructures sportives côtoient un espace commercial. Les sept immeubles qui bordent l’ancien virage nord, aujourd’hui réduit à un mur de tôle peint en ciel et blanc, de puis 1973, vont voir s’ériger devant eux un complexe sportif de 18 hectares, s’étalant jusqu’à l’A 86. Un projet à la mesure des ambitions Racing ?

Les grandes équipes et les grands stades ne meurent jamais

Recrutement impressionnant, nouveau président, budget qui double d’une année sur l’autre, en quelques années, le Racing-Métro 92 se donne les moyens de ses ambitions. Jacky Lorenzetti, président du directoire de Foncia, est devenu le grand argentier du club. Tout le monde rêve en secret de défier les voisins parisiens du Stade Français, champion de France en titre. Cela ferait peut être venir Jean plus souvent au stade : « ce serait un très grand derby entre deux clubs qui se respectent, mais on y est pas encore » assure-t-il. Loin des paillettes et des stars du club de la capitale, le Racing se reconstruit en douceur. Le stade Yves du Manoir aussi. Tout le club imagine un derby francilien, dans un stade flambant neuf, les deux équipes entonnant à la fin du match, I Will Survive, l’hymne du stade français. En effet les grandes équipes ne meurent jamais. Espérons que les grands stades aussi.

Adrien Nos

Comments No Comments »

Londres, samedi 1er décembre, 12 h 30. Une marée bleue déferle sur les abords de Stamford Bridge, le stade du Chelsea Football Club (42 500 places), 3ème du championnat anglais. Venus en famille, entre amis ou en couple, les supporters des Blues, écharpes du club autour du cou, se sont déplacés en masse pour encourager leurs joueurs qui affrontent une autre équipe londonienne, West Ham à 12 h 45.
Tout juste sortie du métro à la station Fulham Broadway, une foule compact se déplace en chantant vers le stade, certains préférant faire un arrêt dans un des nombreux Pub qui entourent Stamford Bridge, attendant les dernières minutes pour pénétrer dans l’enceinte. En face de l’entrée principale, une centaine de « Blues fans » finissent leur dernière bière en entonnant des chants hostiles aux visiteurs. A quelques minutes du début du match, une cloche retentit, c’est le patron du bar, l’un des plus grands fans des Blues qui ferme ses portes pour aller retrouver sa place dans le stade. Pas question de rater ce match, l’un des plus importants de l’année. Non pas que ce Chelsea FC (3e)- West Ham (13e) soit une affiche au sommet, mais la rivalité entre les supporteurs est grande. Tout oppose les deux clubs, les riches de la banlieue résidentielle au sud de Londres (Chelsea FC) reçoivent les habitants de la banlieue populaire de l’est de la capitale, fiers de leurs valeurs de la working-class (West Ham).

dscn2300.JPG

Sur les allées qui bordent Stamford Bridge, nombreux sont ceux qui revendent des tickets au marché noir, l’ensemble de la saison se jouant à guichet fermé. Les prix s’envolent parfois jusqu’à 100-150 pounds la place. « Tickets, tickets », un revendeur nous arrête. 160 pounds les deux places, « trop cher ». Le coup d’envoi du match va être donné dans une poignée de minutes, la négociation s’accélère : 120 pounds pour les deux. Marché conclut. C’est cher pour un match de football français mais en Angleterre c’est le prix à payer pour goutter à l’ambiance d’un match de Premiership. Ce supporteur d’Arsenal nous amène jusqu’à notre tribune : Shed End. « Good game guies » nous lâche-t-il devant l’entrée. Après avoir gravis les marches quatre à quatre, on arrive enfin au cœur de la tribune des supporteurs des Blues, juste derrière les buts, au niveau de la pelouse. Pas de grillage, pas de sécurité renforcée, juste un petit panneau de publicité nous sépare de la pelouse et des joueurs. Un tapis de billard s’offre aux vingt-deux acteurs qui dans quelques secondes viendront fouler la pelouse. Le match a déjà commencé dans les tribunes. Plusieurs milliers de supporters de West Ham donnent de la voix. Le stade leur répond en chantant: « Chelsea! Chelsea! We will follow the Chelsea, over land and sea, Chelsea! We will never be mastered by no northern bastards », en s’adressant aux supporteurs des violets et bleu. Les stars du Chelsea FC (Drogba, etc.) emmenées par Franck Lampard, le capitaine, entrent sur le terrain, suivis de leur adversaire du jour.

dscn2263.JPG

La première mi-temps est pauvre sur le plan du jeu, seul l’engagement sur le terrain fait le spectacle. La proximité des supporteurs et des joueurs m’impressionne. Joe Cole manque son dribble et vient s’écrouler juste à nos pieds, à quelques mètres du poteau de corner. La foule respecte les joueurs, jamais de mauvais geste même envers un joueur adverse. Une situation impensable dans certains stades français.

La deuxième mi-temps sera un peu plus animée, avec un superbe but de Joe Cole, qui servit par Franck Lampard, dribbla le goal adverse et s’en alla marquer dans le but vide. 1-0, score final, pour un match moyen.

dscn2261.JPG

A la sortie du stade la police à cheval encadre les supporteurs de West Ham pour éviter des affrontements avec ceux de Chelsea qui les attendent devant les Pub qui ont réouvert pour fêter la victoire des Blues. Le savoir-faire des Bobbies anglais est impressionnant. Munis de caméras, ils filment les moindres faits et gestes des supporteurs, gardant les images comme preuve en cas de débordements. Les plus excités sont escortés jusqu’au métro sans incidents. Une leçon pour la police française qui a souvent du mal à canaliser les mouvements de foule.

La marée bleue se disperse, sans oublier de faire un petit tour dans l’un des deux Mégastore dédié aux produits dérivés du club, avant de reprendre le métro. Et oui, Chelsea et sa pléiade de stars, c’est aussi du « business ».

dscn2260.JPG

Comments No Comments »