Le stade Yves du Manoir de Colombes (92) a accueilli les plus grands évènements du sport français jusqu’en 1974. L’enceinte, aujourd’hui vétuste, est occupée par le Racing-Métro 92 Rugby, en pleine reconstruction. Le conseil général des Hauts-de-Seine, propriétaire du stade, a le projet de rebâtir un grand stade, pour un grand Racing, dés 2010.
« Racing, Racing, Racing », les joueurs du Racing-Métro 92 Rugby sortent sous les applaudissements des deux milles spectateurs du stade Yves du Manoir, après leur victoire sur Grenoble (28-13). Un duel entre deux anciennes gloires du rugby français, aujourd’hui en deuxième division, qui a tourné à l’avantage des ciels et blanc du Racing. L’équipe banlieusarde cinq fois championnes de France, reste invaincue dans son stade de Colombes (92) depuis le début de la saison et espère retrouver son lustre d’antan dés l’année prochaine en retrouvant l’élite du rugby français. C’est dans les travées de ce « temple du sport français » que se reconstruit l’avenir du club.
« 100 ans, cela fait 100 ans que ce stade accueille les plus grands évènements du sport français. C’est le stade de France de l’époque » raconte Thierry Malingre, membre de la direction des sports du conseil général des Hauts-de-Seine et historien improvisé de ce stade mythique. Mais aussi 80 ans plus de 80 ans, que le Racing, fondé en 1882, est le club locataire de l’enceinte sportive.
Aujourd’hui, quand on pousse les portes bleues qui mènent à la tribune d’honneur, les seuls gradins encore debout, on a du mal à imaginer que ce stade vétuste de 7 500 places ait pu accueillir la finale de la Coupe du monde de football en 1938, remportée par l’Italie. L’enceinte ressemble plus à un stade municipal ou à un stade de quartier qu’à un monument du sport français. On cherche d’un regard dubitatif l’endroit où a été allumée la flamme Olympique en 1924, lorsque Paris était pour la première fois l’hôte des Jeux. Ce soir, la pelouse verdoyante labourée par les deux équipes, côtoie la piste d’athlétisme défraichie où on n’arrive plus à distinguer les lignes blanches. En observant ce stade en friche, on se demande où ont été entassés les 62 145 spectateurs qui ont assisté au match de football opposant l’équipe de France à l’URSS, en 1956. La tribune d’honneur plantée au milieu des 24 hectares du complexe sportif, paraît orpheline, perdue au milieu de la dizaine de terrains annexes qui l’entoure.
Un public jeune qui ne connaît pas le passé glorieux de ce stade
« La tribune Marathon et les virages ont été rasés en 1994 car ils menaçaient de tomber. Ils ont été laissés à l’abandon pendant plusieurs dizaines d’années, alors ils sont devenus dangereux. C’est dommage, c’est du gâchis » déplore Thierry Malingre qui foule en tant qu’amateur, la piste d’athlétisme du stade depuis 1967. Les virages où autrefois se trouvaient les classes populaires pour encourager leurs héros de l’époque, ont été remplacés par des tentes chauffées qui servent de salon de réception pour les partenaires économiques du club et pour la 3e mi-temps des joueurs. Des panneaux publicitaires ont été dressés sur les ruines de la tribune Marathon, qui pouvait contenir plus de 20 000 personnes.
Assis sur les sièges ciel et blanc de la tribune d’honneur, les supporteurs du Racing sont venus en masse malgré le froid qui s’est abattu sur Paris, en ce weekend de décembre. Emmitouflés dans leurs écharpes aux couleurs du club, de nombreux pères de famille sont accompagnés de leurs enfants, qui donnent de la voix et agitent leurs drapeaux ciel et blanc pour se réchauffer. L’ambiance est au rendez-vous. Bercé par les exploits de la bande à Zizou au stade de France en 1998, ce jeune public n’a pas conscience de l’histoire portée par ce qui reste du stade de Colombes.
« Les matchs se déroulaient devant 60 000, dans une ambiance incroyable » Jean
Au milieu de cette foule, Jean, 72 ans, regarde le match debout, s’abritant derrière un mur de la tribune pour se couper du vent. Cet ancien joueur du Racing dans les années 70, habite en face du stade qu’il fréquente depuis plus de 50 ans. Chaque weekend il traverse la rue qui le sépare du terrain sur lequel il s’entraînait, et où il vient maintenant en tant que simple spectateur. Il se souvient des matchs du Tournoi des V nations qu’il venait voir. «Les jours de match, les supporteurs adverses envahissaient Colombes. Je me rappelle des Anglais qui venaient en masse, le match se déroulait devant 60 000 personnes dans une ambiance incroyable ». Depuis quelques années, il se déplace moins régulièrement au stade, non pas qu’il n’ait plus le courage de parcourir les 50 mètres qui le sépare du stade mais parce qu’il ne retrouve plus l’ambiance de l’époque. « Le rugby d’aujourd’hui me plait moins, c’est trop défensif. En plus le stade maintenant c’est le désert ». Nostalgique ? « Non, il faut vivre avec son temps et ne pas regarder le passer, mais le Racing ne peut pas rester avec un stade comme ça. Si le club veut évoluer il faudra qu’il construise un nouveau stade, plus moderne ».
Construit en 1907 sur un champ de courses, le stade sera baptisé stade du Matin, du nom du journal qui en était le propriétaire. Mais c’est la désignation de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 1924 qui lance sa transformation en stade Olympique. A l’époque, la capitale ne possède pas de structure sportive de ce niveau, c’est le stade de Colombes qui est choisi. En 1928, il reçoit son nom définitif, en prenant celui de stade Yves du Manoir, du nom du rugbyman international, joueur du Racing, décédé dans un accident d’avion.
Un nouveau stade prévu pour 2010
80 ans après, c’est encore les Jeux Olympiques qui auraient pu faire renaître ce haut lieu du sport français. La candidature de Paris pour l’organisation des Jeux de 2012 avait relancé le projet de rénovation du stade. En effet, « le projet qui a échoué prévoyait d’utiliser cette enceinte pour accueillir les épreuves de baseball » raconte Anne Bernard-Dognin du service communication du conseil général des Hauts-de-Seine. Le département avait même décidé de prendre les choses en main en rachetant ce stade vieillissant au club du Racing, le 1er janvier 2003. Le projet resté dans un placard pendant plusieurs années, vient d’être relancé. Thierry Malingre soutient le projet sans trop y croire, « ce stade a été laissé à l’abandon, le mal est fait. Même si on construit un nouveau stade, il n’y a personne pour croire que ce stade renaîtra de ses cendres ».
Pourtant, des études sont menés depuis 2001 par le conseil général qui envisage de détruire le stade actuel pour en construire un nouveau entouré d’un centre commercial pour redonner vie au quartier » explique Anne Bernard-Dognin, du conseil général des Hauts-de-Seine. Un stade de 20 000 places, un stade annexe de 1 500 places, un hôtel intégré à l’enceinte, un pôle de loisirs et de commerce de plus de 45 000 m2 et un musée des JO devrait sortir de terre à l’horizon 2010-2011. Un concept à l’anglo-saxonne, où les infrastructures sportives côtoient un espace commercial. Les sept immeubles qui bordent l’ancien virage nord, aujourd’hui réduit à un mur de tôle peint en ciel et blanc, de puis 1973, vont voir s’ériger devant eux un complexe sportif de 18 hectares, s’étalant jusqu’à l’A 86. Un projet à la mesure des ambitions Racing ?
Les grandes équipes et les grands stades ne meurent jamais
Recrutement impressionnant, nouveau président, budget qui double d’une année sur l’autre, en quelques années, le Racing-Métro 92 se donne les moyens de ses ambitions. Jacky Lorenzetti, président du directoire de Foncia, est devenu le grand argentier du club. Tout le monde rêve en secret de défier les voisins parisiens du Stade Français, champion de France en titre. Cela ferait peut être venir Jean plus souvent au stade : « ce serait un très grand derby entre deux clubs qui se respectent, mais on y est pas encore » assure-t-il. Loin des paillettes et des stars du club de la capitale, le Racing se reconstruit en douceur. Le stade Yves du Manoir aussi. Tout le club imagine un derby francilien, dans un stade flambant neuf, les deux équipes entonnant à la fin du match, I Will Survive, l’hymne du stade français. En effet les grandes équipes ne meurent jamais. Espérons que les grands stades aussi.
Adrien Nos



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